Grand projet : plus de bus mais une RDO bientôt limitée à 70 km/h

Grand projet : plus de bus mais une RDO bientôt limitée à 70 km/h

Grand projet : plus de bus mais une RDO bientôt limitée à 70 km/h
Tahiti, le 8 juillet 2026 - Une voie de bus réservée, davantage de dessertes, des horaires élargis… mais aussi une limitation de vitesse abaissée de 90 à 70 km/h. Le gouvernement a présenté, ce mercredi 8 juillet, son ambitieux projet de réaménagement de la Route de Dégagement Ouest (RDO). Un chantier évalué à 2,5 milliards de francs.
 
Dans les cartons depuis le précédent mandat présidentiel, le projet de réaménagement de la RDO entre désormais dans une phase un peu plus concrète. Un appel d'offres pour les travaux doit être lancé dès ce trimestre. L'objectif est donné : d'ici à 2028, la RDO devra disposer d'une voie réservée aux bus, dans le sens Punaauia-Papeete, située sur le côté gauche de la chaussée. Longue de 4,2 kilomètres, elle permettra aux transports en commun de contourner les embouteillages du matin. Selon le ministre des Grands travaux, Jordy Chan, les bus pourraient ainsi gagner jusqu'à quinze minutes de temps de trajet en dépassant les quatre kilomètres de bouchons quotidiens. “On va rétrécir la largeur des voies, déplacer le terre-plein central sur certaines sections ; on va également travailler sur certains ouvrages pour les élargir et faire passer cette voie”, a détaillé le ministre.
 
Le projet prévoit de maintenir le nombre actuel de voies de circulation pour les automobilistes.
 
Un point risque toutefois de faire réagir les automobilistes et motards : la limitation de vitesse passera définitivement de 90 à 70 km/h sur l'ensemble de la RDO, dans les deux sens de circulation.
 
Une mesure assumée par le gouvernement. “Pour ceux qui ne prennent pas le bus en heure creuse, l'impact ne sera que de 54 secondes”, a voulu rassurer Jordy Chan. Alors un sacrifice nécessaire pour que le trafic vers le centre-ville soit possible ? C'est bien ce que pense le gouvernement. À plus long terme, cette voie devra être ouverte au covoiturage. Les modalités restent à définir, notamment le nombre de passagers qui permettra de considérer un véhicule comme pratiquant le covoiturage.
 
Au-delà de la création de cette fameuse voie, l'ambition est de proposer davantage de passages des bus, avec des amplitudes horaires plus larges. Pour exemple, les personnes qui terminent leur journée de travail plus tard devraient pouvoir encore emprunter les transports en commun après 17 h 30 ou 18 heures, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
Le gouvernement souhaite également desservir davantage de zones, sans supprimer les lignes existantes. À terme, un bus pourrait circuler toutes les quatre minutes sur la RDO et toutes les trois minutes en centre-ville.
 
L'argument est bien sûr aussi écologique... Une voiture consomme en moyenne environ six litres de carburant pour 100 kilomètres par passager, contre environ 1,5 litre pour un bus. Ce dernier est donc près de quatre fois plus économe en carburant. En outre, un seul bus peut transporter autant de personnes que 30 à 40 voitures, réduisant ainsi fortement l'encombrement des routes.

​Plus de bus, mais pas assez de chauffeurs
 
Pour accompagner cette montée en puissance du réseau de transport en commun, le Pays devra investir dans de nouveaux bus. Entre 2025 et 2026, dix bus diesel et huit bus électriques supplémentaires doivent être acquis. Le Pays s'est déjà doté de quatre nouveaux bus, affectés notamment à la ligne 2 reliant Faa'a au centre-ville et à Arue, ainsi qu'aux lignes saturées reliant Taravao, Papara et Papeno’o à Papeete.
 
D'autres acquisitions sont prévues en 2027, leur nombre exact n'a pas encore été arrêté.
“On aura un réseau plus ponctuel”, a assuré Jordy Chan. Seul hic : la Polynésie française manque déjà cruellement de chauffeurs de bus. En 2025, le déficit était estimé à environ 150 conducteurs et, avec le développement du réseau de transport en commun, l'ouverture de nouvelles voies dédiées et l'augmentation attendue du nombre de bus, il devrait avoisiner les 380 en 2027. “Qui dit plus de bus dit plus de chauffeurs. C'est un besoin très prégnant”, a reconnu le ministre.
 
Pour répondre à cette pénurie, le Pays a relancé, en partenariat avec le ministère de l'Éducation et le CFPA, la formation au permis D et au titre professionnel de conducteur de transport en commun. Cette formation de quatre mois peut accueillir jusqu'à une dizaine de stagiaires par session. La première promotion, lancée en novembre 2025, a obtenu son permis D et son attestation de qualification professionnelle en février dernier. Six sessions sont programmées en 2026, soit un potentiel de 60 futurs conducteurs formés localement chaque année. Le nombre exact de stagiaires ayant obtenu leur permis D et leur attestation de qualification professionnelle n'a toutefois pas été communiqué par la direction du CFPA.
 
La réorganisation du transport collectif ne se limite pas à la RDO, des études sont en cours pour optimiser l'ensemble du réseau avec la création d'un pôle d'échange multimodal à Mama’o, futur terminus des lignes de la côte ouest, d'une gare routière améliorée à Tipaerui, où se termineront les lignes de la côte est, ainsi que de deux parkings relais, au parc Vairai et à Arue. “C'est toute une stratégie, tout un challenge, c'est faire ça là où on peut avec toutes les contraintes”, a résumé Jordy Chan. Un challenge qui s'élève à 2,5 milliards de francs, dont 400 millions de francs consacrés à la réfection des revêtements de la RDO.

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