La compagnie Motu Link clouée au sol, un mois après son lancement

La compagnie Motu Link clouée au sol, un mois après son lancement

« L’ensemble des vols Motu Link Airline sont annulés jusqu’à nouvel ordre à la suite d’un incident technique. » Le message s’affiche dès la page d’accueil du site internet de la compagnie. Les premières alertes avaient toutefois été publiées dès le 25 juin sur les réseaux sociaux. Dans un premier temps, Motu Link annonçait l’annulation de certains vols avant de reconnaître, « dans un souci de transparence », qu’un incident technique avait immobilisé son ATR 72-500.

« Lors d’une manœuvre de routine effectuée vendredi dernier au sol, le train avant de notre appareil a été endommagé. Conformément à nos procédures et à nos exigences de sécurité, l’avion a immédiatement été immobilisé afin de permettre une inspection complète et l’identification de la solution technique la plus adaptée », peut-on lire sur la page Facebook de la compagnie.

L’incident s’est effectivement produit lors d’une opération de tractage de l’appareil, réalisée par le prestataire de maintenance, Air Tahiti. Pour une raison qui reste à déterminer, la barre de tractage aurait dévié avant de percuter le train avant de l’avion.

« On pense que les trappes de train ont été fortement endommagées et que le train a certainement dû subir des contraintes et des efforts pendant l’opération de tractage », indique le directeur de Motu Link, Alexandre Mou.

Les barres de tractage sont pourtant équipées d’un fusible mécanique : une goupille conçue pour céder au-delà d’un certain niveau de contrainte afin de protéger l’appareil. Ce dispositif a-t-il correctement rempli son rôle ?

« Quand le fusible saute, parce que ça peut arriver, les équipes d’Air Tahiti sont bien formées pour appliquer les procédures en la matière. Il faut notamment freiner le véhicule et freiner l’avion de manière à bien protéger le train d’atterrissage. Le fusible a entièrement fait son rôle là », assure la directrice générale déléguée d’Air Tahiti, Cécile Savalli.

100 millions le train d’atterrissage

L’enquête devra désormais déterminer comment le train avant de l’ATR 72-500 a pu être endommagé malgré ce système de sécurité. Des dégâts qui pourraient coûter très cher à la compagnie. Selon son directeur, le prix d’un train d’atterrissage neuf atteint 950 000 dollars américains, soit près de 100 millions de francs. Un montant qui ne comprend pas encore la main-d’œuvre, le transport des pièces et les opérations nécessaires à la remise en service de l’avion.

« Au niveau de l’étendue des dégâts, aujourd’hui, c’est binaire. Soit c’est un changement de train, soit on peut repartir en vol. Aujourd’hui, on ne sait pas encore si le train peut être remis en service », explique Alexandre Mou.

En attendant, la compagnie étudie la possibilité de louer un train d’atterrissage afin de reprendre son exploitation le plus rapidement possible. Mais ces équipements sont rares sur le marché et leur coût est élevé : entre 30 000 et 40 000 dollars par mois.

Les assureurs des deux compagnies sont désormais au cœur du dossier. Leur expertise devra déterminer les responsabilités de chacun, ainsi que le montant des réparations. En attendant, chaque journée d’immobilisation représente un manque à gagner important pour la toute jeune compagnie de fret aérien.

« Sur dix jours d’immobilisation, c’est environ 15 millions de francs de recettes sur lesquelles on s’assoit. On ne peut pas se permettre le luxe d’arrêter les opérations pendant 6 à 8 mois », souffle Alexandre Mou.

Un mois après son lancement, la compagnie était pourtant en pleine ascension. « C’est dommage que tout s’arrête au bout d’un mois seulement, alors que l’activité commençait à bien prendre. Les îles étaient satisfaites de ce qu’on faisait. On proposait des choses qui n’avaient jamais été faites et ça commençait à fonctionner », regrette encore le directeur de Motu Link.

Les deux compagnies s’en remettent désormais aux conclusions des experts. « Il y a des experts en assurance qui analysent les impacts, sachant que les responsabilités des uns et des autres, et notamment celles d’Air Tahiti en tant qu’assistant en escale, sont encadrées », précise Cécile Savalli. « Nous nous baserons sur leurs conclusions, qui s’appuieront probablement aussi sur les résultats des enquêtes de gestion de la sécurité menées à la fois par Motu Link et par Air Tahiti. »

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