
Warren Dexter : malgré la hausse des prix à la pompe, la Polynésie reste « assez privilégiée »
TNTV : Lors d’un Conseil des ministres extraordinaire, le gouvernement a acté l’augmentation des prix à la pompe. Si vous aviez annoncé cette hausse, cette annonce a tout de même surpris. Il y avait urgence ?
Warren Dexter : « Disons qu’aujourd’hui, les fameux 3,5 milliards que nous avions mis fin mars sont épuisés. Donc, on commençait à attaquer les réserves. Maintenant, pourquoi on a fait de la précipitation ? C’est parce que quand on prévient trop à l’avance, les gens se précipitent à la station et après, il y a de la pénurie de carburant partout. Donc, aujourd’hui, je m’excuse un peu auprès de toute la population, mais malheureusement, on n’avait pas le choix que de procéder comme ça ».
TNTV : Cette hausse ne pouvait pas être progressive…
Warren Dexter : « C’est une stratégie. Si on augmentait progressivement, cela susciterait quand même certaines inquiétudes sur les futures augmentations. Nous, on a préféré prendre le parti d’augmenter une seule fois et de compter sur le fait qu’il n’y aura pas de nouvelles augmentations d’ici la fin de l’année en espérant que le prix du baril ne remonte pas, évidemment ».
TNTV : Pourquoi est-il nécessaire d’inverser la tendance et de maintenir cette réserve du FRPH ?
Warren Dexter : « On a vu tout l’intérêt avec la guerre en Iran. On avait un fonds à 3 milliards fin mars et grâce à ça, et à l’amendement supplémentaire qu’on a pu faire, on a pu tenir 4 mois. Je pense qu’on est un cas unique dans le monde. Pendant 4 mois, on n’a pas impacté les prix à la pompe et on propose aujourd’hui un prix modéré qu’on a vu également nulle part ailleurs. En Nouvelle-Calédonie, en Nouvelle-Zélande, en Australie, ils sont quasiment tous au-dessus de 200 francs le litre. Donc j’estime qu’aujourd’hui, on est quand même dans une situation assez privilégiée, on va dire ».
TNTV : L’opposition estime que vous pourriez puiser dans les réserves du Pays pour alimenter ce fonds, que répondez-vous ?
Warren Dexter : « Avoir mis 3,5 milliards dans le fonds, c ‘est du subventionnement aux énergies fossiles. À un moment donné, on adopte aussi un Plan climat fin 2024 où on dit qu’on doit arrêter ça. Je pense qu’il y avait des limites à l’exercice. Dès mars, quand on a voté ces 3,5 milliards, j’avais annoncé que lorsque cette enveloppe serait épuisée, le scénario d’une augmentation des prix à la pompe serait privilégié ».
TNTV : Dans l’arrêté du 22 juin, le coût d’importation de l’essence et du gazole ne change pas par rapport à l’arrêté du 28 mai. Le prix CAF reste donc le même entre le 28 mai et le 22 juin. Ce qui change, c’est que le FRPH prend 15 francs de moins à sa charge. C’est donc le consommateur qui paye la différence…
Warren Dexter : « Tout à fait. Alors là-dessus aussi, c’est pour répondre un peu aux incompréhensions. C’est vrai que depuis la fin de la guerre en Iran, on est dans une phase baissière du prix du baril. Ce matin, on devait être à 74 dollars le baril. Avant crise, on était en dessous des 70 dollars. Pourquoi est-on obligé de le faire ? C’est parce qu’aujourd’hui, les remboursements des importateurs se font sur les achats qu’ils ont faits il y a 2 mois. Donc, en juin, on doit rembourser ce qu’il y avait en avril. Et si vous regardez le prix du baril qu’il y avait en avril, il était excessivement élevé. On était à beaucoup plus de 100 dollars. Voilà pourquoi aujourd’hui, on n’a pas le choix que d’augmenter les prix à la pompe. On accompagne aussi ça d’une suspension des droits et de taxes pour le premier semestre. Dans le second semestre, c’est justement pour essayer de lisser, d’adoucir au maximum les augmentations des prix à la pompe ».
TNTV : Pouvez- vous expliquer concrètement aux consommateurs ce qu’est le prix CAF ?
Warren Dexter : « En matière d’hydrocarbures, on parle plutôt de valeur MOPS, c’est-à-dire le prix d’approvisionnement par les importateurs du prix du carburant. Généralement, ça se passe à Singapour ou en Corée du Sud. Ensuite, vous avez un tas de frais divers et de frais d’intermédiation. Tout ça forme le prix MOPS. C’est de cette base-là que l’on enregistre le chargement au niveau du FRPH ».
TNTV : Mais qui renseigne ce prix ?
Warren Dexter : « Ce sont les importateurs sur la base de connaissements qu’il faut connaître à la DGAE. C’est un document qui est relativement fiable. Après, dans la structure des coûts, quand on a cette valeur-là, on applique les droits et taxes. Ensuite, on applique la régulation, donc en fonction du prix de vente dans le régime intérieur. Ensuite, viennent les prestations locales, qui est la rémunération de l’importateur. Et enfin, vous avez la marge du détaillé en station-service ».
TNTV : Les renseignements fournis par les importateurs sont-ils contrôlés ?
Warren Dexter : « Je veux croire qu’ils sont contrôlés par la DGAE. Bien sûr, oui. Normalement, les connaissements ne sont pas censés être de faux documents. C’est probant ».
TNTV : Je vous pose la question car la Chambre territoriale des comptes a critiqué en 2023 le manque de contrôles de certains éléments du prix des hydrocarbures, notamment le fret et les prestations locales. Depuis ce rapport, est-ce que des nouveaux contrôles ont été instaurés ?
Warren Dexter : « Je ne sais pas. J’avoue que je n’ai pas posé la question à la DGAE, mais j’espère que oui ».
TNTV : Quand le FRPH couvre une partie des prix à la pompe, à qui l’argent est versé concrètement ? Aux importateurs ou aux distributeurs ?
Warren Dexter : « Aux importateurs car à partir du moment où ils achètent plus cher que ce qu’ils sont amenés à revendre au régime intérieur, forcément, il faut les indemniser, entre guillemets ».
TNTV : Donc, les milliards de francs qui sont sortis sont revenus dans les caisses des importateurs…
Warren Dexter : « Tout à fait. Et c’est vrai que ça leur pose un problème, parce que dans des situations comme ça où ils ont acheté plus cher, les remboursements ne se font que deux mois après. Donc, ça veut dire qu’ils doivent faire une avance de trésorerie conséquente avant de se faire, entre guillemets, rembourser ».
TNTV : Dans le détail, l’effort demandé n’est pas le même pour tous. Plus 15 francs pour les automobilistes, plus 7 francs pour le gazole destiné à la production d’électricité à Tahiti, et plus 5 francs pour la pêche. Pourquoi ces différences ?
Warren Dexter : « Pour que la population comprenne bien, le FRPH, vous avez le prix public, qui est donc à 150 francs et qui est aujourd’hui à 165 francs. En fait, le gras que l’on fait par rapport au différentiel d’approvisionnement va financer les régimes de détaxe. C’est la détaxe qui en fait va faire beaucoup d’argent, parce que, par définition, c’est vendu pas cher par rapport au prix d’approvisionnement. C’est pour ça qu’on augmente à 15 francs, comme ça on aura suffisamment de marge pour pouvoir financer les détaxes. On a voulu moins les impacter. Effectivement, on a arbitré à plus 7 francs, à l’exception des pêcheurs, à plus 5 francs ».
TNTV : Concernant les produits de la pêche, peut-on aujourd’hui être assuré que demain il n’y aura pas une augmentation des prix de ces produits ?
Warren Dexter : « À plus 5 francs, ce sera au pêcheur de répondre. On dit simplement qu’on a pris nos responsabilités en essayant de répartir un petit peu l’effort de tous, y compris sur les régimes de détaxe. J’espère que ce plus 5 francs par litre ne va pas conduire à une inflation immodérée sur les produits de la mer ».
TNTV : Même question pour l’électricité, est-ce que demain son prix ne va pas augmenter ?
Warren Dexter : « En tout cas, sur Tahiti, on est en discussion avec EDT pour un avenant au contrat de concession. Et parmi les mesures qui sont proposées, qu’on est sur le point d’acter, il y a effectivement un effort sur la rémunération du concessionnaire qui va permettre de financer un petit peu ces efforts, et d’éviter d’impacter les usagers ».
TNTV : EDT serait prête à faire cet effort ?
Warren Dexter : « Oui, c’est quasiment acté. On en phase de signature ».
TNTV : Il est aussi question de suspension temporaire de 5 taxes sur les hydrocarbures à partir du 1er juillet pour un effort fiscal de 3,8 milliards. Pourquoi augmenter les prix dès maintenant, avant même l’effet de cette suspension ? Et cette suspension sera-t-elle adoptée par l’Assemblée ?
Warren Dexter : « Pourquoi on est obligé d’augmenter dès maintenant ? Parce qu’encore une fois, on a épuisé les 3,5 milliards et on commence à attaquer les réserves. La réserve est à peu près de 3 milliards. On appelle ça une réserve prudentielle pour faire face aux crises. On a eu l’occasion de l’expérimenter en mars, lorsque la guerre en Iran a éclaté. Et donc là, on est en train de manger cette réserve. Aujourd’hui, on est en dessous des 3 milliards. C’est pour ça qu’on est obligé d’augmenter, parce que sinon, on allait amenuiser les réserves ».
TNTV : Pensez-vous que modification va être adoptée à l’Assemblée, dans le contexte politique actuel ?
Warren Dexter : « Je crois que oui, parce que c’est aussi une mesure d’aide pour éviter d’augmenter inconsidérément les prix à la pompe. Donc si cette mesure n’est pas prise, tout dépend évidemment du prix du baril à l’international, on n’a pas de boule de cristal, mais il se pourrait qu’on doive encore augmenter les prix à la pompe dans les prochains mois, s’il n’y a pas cette mesure pour venir soutenir le FRPH ».
TNTV : Le texte sera-t-il présenté jeudi à l’Assemblée ?
Warren Dexter : « La semaine prochaine, le 1er juillet ».
TNTV : Il y a des prévisions peu réjouissantes pour 2026, avec un début de baisse de fréquentation touristique et de l’inflation mondiale qui se rapprochent de chez nous. C’est aussi un risque que vous suivez de près ?
Warren Dexter : « Je peux vous dire que je suis ça tous les jours. Par contre, j’ai une bonne nouvelle de la DGAE, c’est qu’en tout cas sur la partie PPN, on a une déflation, on a carrément une baisse des prix. C’est grâce à la prise en charge du fret international que nous avons mis en place il y a quelques mois. Je suis content ».
L’article Warren Dexter : malgré la hausse des prix à la pompe, la Polynésie reste « assez privilégiée » est apparu en premier sur TNTV News - Tahiti Nui Télévision.