CBD : cinq variétés testées pour lancer une filière

CBD : cinq variétés testées pour lancer une filière

CBD : cinq variétés testées pour lancer une filière
Tahiti, le 23 août 2026 - La Polynésie s’apprête à tester concrètement la culture locale de CBD. Neuf producteurs ont été sélectionnés pour expérimenter cinq variétés et vérifier leur adaptation au climat polynésien.

Depuis 2023, la culture locale de CBD en Polynésie en était surtout restée au stade des bruits de couloir. Cette fois, le projet devient un peu plus concret : les neuf producteurs sélectionnés par le Pays ont participé la semaine dernière à un séminaire consacrées à la réglementation, aux techniques de culture et surtout aux débouchés de cette filière en gestation.    

Cinq semences ont été retenues : trois proviennent des États-Unis et deux sont inscrites au catalogue européen. Chaque producteur doit recevoir 500 graines d'ici à la fin de l'année.    

L'objectif est d'enchaîner cinq cycles de production pour vérifier si ces variétés s'adaptent aux conditions locales. La question centrale reste celle du taux de THC. Pour être commercialisable dans le cadre prévu par le programme, la production devra rester sous le seuil réglementaire de 0,3 %. “On va faire plusieurs analyses à trois temps précis du cycle de floraison : au début, au milieu et en fin de floraison, donc à la récolte”, précise Tetia Peu, ingénieure agronome à la Direction de l'agriculture. Si une production dépasse le seuil autorisé, elle ne pourra pas être commercialisée et devra être détruite.    

Ces prélèvements doivent permettre de déterminer la période de récolte la plus adaptée pour rester sous le seuil autorisé. Les analyses seront réalisées par l'Institut Louis Malardé (ILM). Dans les archipels éloignés, la Direction de l'agriculture devant organiser les prélèvements, le prétraitement et l'acheminement des échantillons vers le laboratoire.    

Pour cette phase pilote, les producteurs disposent d'une liberté dans leurs méthodes de culture : terreau, compost, hydroponie ou aquaponie peuvent être utilisés. “Le but de cette phase pilote, c'est de sortir des données économiques, agronomiques. C'est de comparer les différents types de cultures pour pouvoir définir la plus rentable”, explique Philippe Cathelain, producteur pilote et gérant de sa propre société à Papara.    

"Le plus difficile sera de trouver un débouché à cette production”

Pour la phase expérimentale, les semences et les analyses sont prises en charge par la Direction de l'agriculture. Le coût réel d'une installation reste en effet encore inconnu. Les producteurs peuvent bénéficier des aides agricoles existantes, notamment pour l'investissement et l'équipement.     Pour Philippe Cathelain, la priorité est donnée à la production de fleurs destinées à l’extraction. Les premiers débouchés envisagés concernent les huiles et les produits cosmétiques. Le secteur thérapeutique pourrait représenter une perspective à plus long terme. 

Les autorités assurent que des discussions ont déjà été engagées avec des acteurs du secteur. Le ministre de l’Agriculture évoque notamment un contact avec le laboratoire Boiron, qui pourrait constituer un débouché pour la production polynésienne. L’objectif serait notamment d’exporter la matière première vers l’Hexagone, pour des usages liés au bien-être ou, à terme, au secteur pharmaceutique.    

Mais pour l’heure, la phase pilote doit d’abord permettre de vérifier la qualité et la stabilité des productions locales avant de parler de la rentabilité de la filière.    

Philippe Cathelain estime que le principal défi ne sera finalement pas de faire pousser les plantes, mais de trouver des débouchés à la production. “Le plus difficile n’est pas de cultiver. Le plus difficile sera de trouver un débouché à cette production.”    Pour l'heure, les neuf producteurs avancent donc encore en terrain inconnu et si l'expérimentation est concluante, elle pourrait constituer la première étape vers la structuration d'une filière locale de CBD. 

Qu’en est-il du CBD thérapeutique ?
“La phase pilote porte principalement sur la production de cannabis à faible teneur en THC et ses débouchés dans le bien-être et la cosmétique. Le cannabis à usage thérapeutique relève, lui, d'un cadre réglementaire beaucoup plus strict, notamment pour la fabrication de médicaments.”    

Le ministère de la Santé précise que le terme “cannabis thérapeutique” désigne, au sens réglementaire, un usage pharmaceutique : médicaments ou préparations magistrales. Ces produits devront-ils répondre à des exigences de qualité plus élevées que les produits de “bien-être” ?  “Pour l'instant, le projet est en phase pilote : nous attendrons les résultats avant d'envisager la suite.” 

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