
À la recherche du patrimoine culturel des Tuamotu (Hiro’a n° 223 – Juillet 2026)
À la recherche du patrimoine culturel des Tuamotu (Hiro’a n° 223 – Juillet 2026)
À la recherche du patrimoine culturel des Tuamotu (Hiro’a n° 223 – Juillet 2026)
LE SAVIEZ-VOUS ? — DIRECTION DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE (DCP) – TE PAPA HIRO’A ‘E FAUFA’A TUMU
À la recherche du patrimoine culturel des Tuamotu
RENCONTRE AVEC VINCENT MAROLLEAU, ARCHÉOLOGUE, ET JAMES TUERA, RESPONSABLE LOGISTIQUE À LA DCP ET MEMBRE DE L’ACADÉMIE PA’UMOTU. TEXTE : ALEXANDRA SIGAUDO-FOURNY – PHOTOS : DCP
Les Tuamotu ont longtemps été les parents pauvres de la recherche archéologique. C’est pour combler ce manque de connaissances que la Direction de la culture et du patrimoine (DCP) œuvre depuis quelques années. En partenariat avec l’Académie pa’umotu, une mission a été organisée sur l’atoll de Ahe afin d’enrichir la carte ethnographique, archéologique et linguistique de la région. L’objectif : répertorier aujourd’hui pour mieux comprendre demain.
La houle, la mer, les cyclones… les Tuamotu ne constituent pas un terrain favorable à la bonne conservation des vestiges archéologiques, sans compter les difficultés logistiques auxquelles se heurtent les chercheurs sur place. Pourtant, la DCP s’y intéresse de plus en plus. Fin avril, une mission de cartographie des sites culturels a ainsi été menée sur l’atoll de Ahe.
« Nous disposons de témoignages, d’indices, d’une carte archéologique et de mentions bibliographiques datant du XXe siècle ; il s’agissait à présent d’aller vérifier sur le terrain, de réaliser un récolement archéologique et de répertorier les sites de façon précise », explique Vincent Marolleau, archéologue à la DCP, responsable du projet.
Archéologie et mémoire orale : un travail de sauvegarde
En parallèle, son collègue James Tuera avait pour mission de recueillir les témoignages des anciens de l’île concernant les traditions orales, les coutumes, les légendes et la toponymie en langue vahitu, toujours dans une démarche de valorisation, de conservation et de protection. Une tâche particulièrement délicate, car de nombreuses personnes ressources ont aujourd’hui disparu. À Ahe, seules deux ou trois personnes âgées ont ainsi pu être interrogées, ce qui renforce le sentiment d’urgence. Ce type de mission, mené conjointement avec l’Académie pa’umotu – Kāruru vānaga, se répète deux à trois fois par an dans différents atolls afin de collecter un maximum de données linguistiques et patrimoniales. Ce mois-ci, c’est le tour de l’atoll de Anaa.
Des vestiges à retrouver et à documenter
Sur le plan archéologique, la DCP disposait de peu d’informations sur les différents sites recensés. Tout le travail a donc consisté à retrouver les points référencés sur les cartes afin de les enregistrer précisément à l’aide d’un GPS. Ahe a la particularité d’abriter une forêt primaire dans laquelle l’équipe de la DCP a pu prospecter à la recherche de traces et de vestiges anthropiques anciens. Vincent Marolleau a également profité de cette mission pour visiter l’ancien village datant du XXe siècle, un site qui pourrait révéler des éléments intéressants en archéologie historique.
Répertorier, photographier et enrichir la carte archéologique constitue par ailleurs un précieux outil d’aide à la décision pour les futurs aménagements, notamment pour l’instruction des permis de construire et des demandes d’aménagement. Au total, une dizaine de structures ont été comptabilisées, allant des vestiges de la société traditionnelle aux traces plus récentes, postérieures à l’arrivée des Européens. Cet ensemble témoigne de la diversité des occupations humaines entre les motu à travers les époques.
La structure la plus fréquemment observée est le maite, cet ingénieux système de culture qui assurait l’autonomie alimentaire des anciens. Plusieurs fosses ont ainsi été identifiées. Il faudra sans doute encore plusieurs missions sur l’atoll pour documenter précisément ces sites, pierre par pierre, et envisager la valorisation de certains d’entre eux.
