
Une mobilisation en préparation à la Presqu’île face au projet Ekopol
Sur les pancartes les slogans prennent forme. Sabrina Birk mène le collectif des riverains de la Presqu’île et affiche sa détermination : obtenir le retrait du projet Ékopol sur la terre de Vaitaare. Le projet prévoit l’installation d’un site de traitements de déchets, non loin du CET de Paihoro. « On est contre ce projet Ekopol qui veut s’installer sur la terre qui est juste à côté, qui est une terre qui s’appelle Vaitaare, parce que sur cette terre, à la base, il y a des tataa fa’a’apu, des personnes qui plantent des tarodières depuis plus de 20 ans. Et donc, nous on souhaite que cette terre soit réservée à l’agriculture et que Ekopol soit renvoyée à Nive’e sur une zone industrielle. »
Pour le collectif, pas question de transformer Taravao en « poubelle de la Polynésie ». Les riverains ne veulent pas voir le cadre naturel de la baie Phaëton se dégrader. Car le projet d’Ekopol est prévu pour durer, avec un bail de 50 ans. « Ce projet Ekopol va transformer notre jolie baie qui est là, va la remplir d’épaves parce que c’est destiné à démanteler des épaves de bateaux, ils vont les faire venir de la ville. »
Pierre Baudry, P-dg d’Enviropol assure comprendre ces inquiétudes et dit vouloir poursuivre le dialogue avec les habitants et les élus de la Presqu’île. « Je comprends que ça pose question. Tout le monde est OK pour l’environnement, mais personne ne veut descendre les poubelles. Tout le monde est d’accord pour dire que les projets environnementaux sont nécessaires mais si ça peut être fait dehors ailleurs qu’en dessous de ces fenêtres c’est mieux. Je comprends et c’est presque logique qu’il y ait une levée de bouclier ».
Selon lui, Ekopol n’a pas vocation à devenir un « Paihoro bis ». Au contraire. Le site prévoit une ressourcerie et une dizaine de filières de traitement pour des déchets aujourd’hui sans solution locale, comme les batteries au lithium, les déchets de chantier, les déchets électroniques ou encore les gaz frigorifiques. « On ne vient pas polluer mais on vient pour dépolluer les déchets. On va prendre en charge les déchets qui existent déjà ici et qui n’ont pas de filière de traitement. Les batteries lithium par exemple, tout le monde en utilise, tout le monde, dans les montres , les téléphones… et ces batteries c’est 90% des départs de feu de Pahioro. Elles peuvent arriver sur le territoire, mais aucune compagnie, ni aérienne, ni maritime aujourd’hui, n’accepte de les exporter. Donc elles vont rester sur le territoire. Si on ne fait rien, on les laisse diffuser dans la nature et on va au-devant de gros problèmes. »

Le conseil des ministres a accordé une autorisation d’occupation temporaire à Enviropol, pour l’occupation du terrain. Une terre domaniale qui est aussi exploitée par des familles d’agriculteurs. S’ils ne sont pas propriétaires, ils ont toujours planté ici et craignent de ne plus pouvoir vivre de leur activité. « On s’inquiète vraiment, confie Alain, agriculteur. C’est pour ça que le tavana de Tautira va peut-être venir nous aider, le tavana de Taravao, Mataiea , pour la marche samedi. Le terrain est favorable pour l’agriculture. C’est un terrain boueux qui ne convient pas aux projets qu’ils veulent mettre en place. C’est un projet qui va nuire à l’environnement. »
La direction d’Enviropol se dit ouverte à la discussion, y compris sur une éventuelle répartition de certaines activités vers la zone de Nivee. À condition que cette solution soit techniquement et économiquement viable. « Nive’e, c’est un site qui est déjà fléché « déchets » et qui se trouve être dans une zone assez peu peuplée. Donc, c’est vrai que ça a évidemment des avantages incontestables. Néanmoins, Nive’e a aussi quelques inconvénients. Le premier inconvénient pour lequel on ne pourra rien, c’est son accessibilité, et notamment pour des activités qui demandent beaucoup d’emprises et de transports comme le démantèlement des bateaux. Amener un bateau à Nive’e, ce n’est quand même pas trivial. »
Le projet devra encore franchir plusieurs étapes réglementaires, notamment l’enquête publique, avant de pouvoir débuter les travaux.
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