“Nos élèves vont voir que les élèves maori ne parlent que maori et pas anglais”

“Nos élèves vont voir que les élèves maori ne parlent que maori et pas anglais”

Tahiti Infos
“Nos élèves vont voir que les élèves maori ne parlent que maori et pas anglais”
Tahiti, le 27 avril 2026 - Dans le cadre d’un “voyage culturel et linguistique”, 22 élèves de 4e du collège de Huahine ont pris l’avion pour la Nouvelle-Zélande samedi matin. Il leur a fallu deux ans pour préparer ce projet. Financièrement, cela n’a pas été facile, d’autant qu’“on n'a pas eu d'aide du gouvernement”. Mais qu’importe, ces élèves ne sont pas partis en vacances et sont ravis de voir se projet se concrêtiser.  
 
Samedi, Tania Colombani, enseignante de tahitien et lettres au collège de Huahine, ses 22 élèves de deux classes de 4e qui ont tous fait le choix de prendre le reo en langue vivante 2 ainsi que six accompagnateurs ont animé le hall de l’aéroport de Tahiti-Faa’a par des chants.  L’heure était à la fête puisqu’ils s’apprêtaient tous à prendre l’avion direction la Nouvelle-Zélande pour un voyage culturel et linguistique. Normalement, il devrait y avoir un échange avec trois écoles maori. Et on devrait également faire un jumelage avec une école de Taupo”, explique Tania Colombani.
 
Cela fait deux ans que l’enseignante de tahitien et lettres prépare ce projet linguistique et culturel avec ses élèves. Deux ans durant lesquels ils ont fait des levées de fonds en organisant des brunchs, des buvettes pendant les récréations ainsi qu’une “grande soirée d’élection de Miss collège”.

“On n'a pas eu d'aide du gouvernement”
Cela n’a pas été facile, explique Tania Colombani, mais la satisfaction de l’objectif atteint se fait sentir. “On est content parce qu’aujourd'hui, on prend l'avion. Car faire des levées de fonds dans les îles, c’est vraiment très dur.” Elle souligne que le tāvana Marcelin Lisan les a aidés ainsi qu’une grande surface de Fare qui a pris en charge cinq billets d’avion. En revanche, elle pointe du doigt le gouvernement qui est resté insensible à ce projet scolaire. “On n'a pas eu d'aide du gouvernement. On a demandé, mais on nous a dit qu'il n'y avait pas assez de sous.”
 
Tania Colombani explique qu’ils ne partent pas visiter la Nouvelle-Zélande, bien au contraire. “Ce ne sont pas des vacances pour nous, surtout pour les élèves car on sera dans des marae et en immersion la matinée dans trois écoles maori, et après, on fait des activités.”
 
Interrogé, un des élèves, Tevai, n’a pas caché son excitation à l’idée de cet échange culturel et linguistique : “J'ai hâte de partir. C'est la première fois que je vais en Nouvelle-Zélande. On pourra se faire des amis là-bas, donc ça sera top”.
 
Tevai ajoute également qu’au tout début de la mise en place de ce projet, il n’était pas trop rassuré. “J’avais un peu peur de prendre l'avion tout seul. Mais quand j'ai vu qu'il y avait aussi des collègues avec moi, je me suis dit que ça serait top. Et on y va surtout pour partager notre culture et leur culture.”

“On espère qu'ils vont parler plus leur langue”
Les élèves seront accompagnés, entre autres, par Johann Bouit, qui connaît très bien la Nouvelle-Zélande. Il explique que ces échanges culturels et linguistiques datent depuis de nombreuses années et que pour lui, c’est “un honneur et un privilège d’accompagner ces jeunes et surtout de faire en sorte que ces échanges continuent”.
 
Johann Bouit précise que pour certains de ces élèves, “le fait de sortir de chez soi, c'est une expérience assez enrichissante. En tant qu'encadrant, on les a 24 heures sur 24, alors on a vraiment la possibilité d'enseigner certaines valeurs, certaines choses de la vie, tout simplement”.
 
Ce dernier assure également que le fait d’aller en immersion dans les écoles maori n’est pas anodin. “Nos élèves vont voir que les élèves maori ne parlent que maori, ils ne parlent pas anglais, ni d’autres langues. Ça va peut-être les faire réfléchir un peu et se dire on devrait peut-être aussi parler tahitien.”
 
L’accompagnateur souligne que les jeunes, avec la mondialisation, sont “constamment exposés à beaucoup de contenu sur internet qui est que du contenu pas très mā’ohi. Et là, l'occasion de rencontrer des personnes qui ne parlent que cette langue, on espère que ça va faire un peu de tilt dans leur tête et qu'ils vont parler plus leur langue”.
 
Johann Bouit précise qu’il accompagne trois voire quatre classes d’élèves chaque année chez nos cousins maori et que le groupe de Huahine est sans doute le quarantième qu’il suit.
 
Il assure qu’à leur retour, les parents sont surpris car ils voient un changement positif chez leurs enfants. “Les parents nous demandent même ce qu’on a fait à leurs enfants car ils ne sont plus obligés de leur dire de débarrasser la table, de faire de la vaisselle, ils le font tout seuls. Et ça, c'est juste une anecdote d'un parent parmi tant d’autres. Et là, tu te dis que ça vaut vraiment la peine de faire tout ça, même les levées de fonds, ça fait vraiment plaisir, honnêtement. Et pour moi, ça donne un peu d'espoir pour le futur, parce que c'est sûr qu'on voit souvent des choses négatives, et puis là, c'est très positif.”
 
Sur place, les élèves du collège de Huahine comptent bien “impressionner” leurs cousins maori avec les différents spectacles qu’ils ont prévus. “Ils vont être impressionnés quand ils vont voir les haka des Maori, parce qu'eux, depuis tout petits, ils apprennent les mêmes haka, les mêmes choses. On espère vraiment que ça va faire tilt dans leur tête et qu’ils vont se dire ‘ha’apa’o maita’i to tātou hiro’a mā’ohi, surtout notre reo’”.

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