Regard sur l'actualité… C

Regard sur l'actualité…

CE DIEU QUI NOUS PARLE

En 2019, le Pape François instituait le 3° Dimanche du Temps ordinaire qui tombe ce Dimanche 25 Janvier, « Dimanche de la Parole de Dieu ». Faut-il rappeler à cette occasion que pendant longtemps, la lecture de la Bible était interdite aux Catholiques ordinaires ! En 1843, Mgr Affre écrivait dans une instruction pastorale : « L’Église Catholique n’a jamais cru que la lecture des Saintes Écritures fut nécessaire pour être solidement instruit de leur doctrine qui peut être donnée sous une autre forme, souvent plus appropriée à l’intelligence et aux dispositions des fidèles. Elle a pensé que cette lecture pouvait être selon les circonstances utile ou nuisible ! » (Instruction pastorale sur la composition, l’examen et la publication des livres en faveur desquels les auteurs et éditeurs sollicitent une approbation – Paris – 4 Déc 1842, p.63). Grâce à Dieu, nous n’en sommes plus au temps de Mgr Affre ! À la suite des encycliques « Providentissimus » de Léon XIII (1893), « Divino afflante Spiritu » de Pie XII (1943) et de la déclaration « Sancta Mater Ecclesia » de Paul VI, le Concile Vatican II dans la constitution « Dei Verbum » déclarait : « Le Saint Concile exhorte de façon insistante et spéciale tous les Chrétiens … à apprendre par la lecture fréquente des divines Écritures la “science éminente de Jésus Christ”. En effet, l’ignorance des Écritures, c’est l’ignorance du Christ. Que volontiers donc, ils abordent le texte sacré lui-même, soit par la sainte liturgie… soit par une pieuse lecture… soit par des cours appropriés… » (Dei Verbum n°25).

En effet, le Christianisme n’est pas d’abord un ensemble de doctrines ou de valeurs morales. Ce qui fait son identité, c’est une mémoire, un récit. L’auteur du livre du Deutéronome répète : « Souviens-toi ! N’oublie pas ! ». La Bible est le livre de la mémoire commune d’Israël puis des Chrétiens. En lisant les Écritures, nous racontons l’Histoire de nos ancêtres dans la Foi, nous vibrons à leurs aventures, nous éprouvons comme eux et avec eux la peur, le désir, l’espérance, le rêve… L’important n’est pas de savoir si cela s’est réellement passé, mais de nous reconnaître dans leur vie et leur expérience et de pouvoir dire comme les Juifs : « Abraham avînou » (Abraham, notre Père). Quand nous lisons l’Exode, ce n’est pas pour être informés de ce qui se passait en Égypte 1200 ans avant JC, mais pour y découvrir notre propre destinée : le passage de l’esclavage à la liberté, l’apprentissage de la Loi qui fait vivre. Quand nous lisons les prophètes, les psaumes, c’est pour entendre des croyants vivre ce que nous vivons.

Mais le cœur du récit qui fonde le Christianisme, c’est les 4 évangiles. Ils ne nous parlent pas de Jésus seul, mais de Jésus avec ses disciples, de leurs relations avant et après Pâques. Que signifie pour nous « être disciples » de cet homme devenu le ressuscité ? Être avec lui, nouer avec lui une relation intime, annoncer ce qu’il annonçait, faire ce qu’il faisait … Pour y être fidèles, on ne peut que relire sans cesse les évangiles avec cœur, avec foi, avec intelligence et honnêteté. Voilà pourquoi on ne saurait célébrer l’Eucharistie sans ouvrir le livre des évangiles. C’est ainsi que l’on retrouve la source. Lire et relire sans cesse… Pas seulement recevoir un message résumé en quelques formules, ni lire par procuration en laissant aux savants le soin de nous en faire un résumé… Mais lire avec ses propres yeux, entendre ce qu’on lit, avec sa propre expérience humaine et spirituelle. Lire non pour devenir savant mais pour nous laisser modeler, transformer par cette Parole, lire seul et en groupe afin de s’enrichir les uns les autres… Lire la Parole non parce que c’est un devoir, ni pour utiliser cette Parole pour justifier ceci ou cela, ni pour lui demander des comptes mais simplement avec le désir de l’écouter, de la laisser nous interroger et peut-être nous mettre en crise… Avoir soif de cette Parole, l’aimer et la désirer au point de la laisser brûler dans nos cœurs… !

« Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous,

tandis qu’il nous parlait sur la route

et nous ouvrait les Écritures ? » (Luc 24,32)

Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

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