
13 millions blanchis via des “recharges” Revolut : “Il y en a tellement qui font ça”
C’est sur les réseaux sociaux, auprès “d’influenceuses” polynésiennes, que cette mère et sa fille ont eu la mauvaise idée de se lancer dans ces opaques activités.
En l’occurrence : percevoir de l’argent en liquide de particuliers, pour ensuite encaisser les sommes sur leurs comptes bancaires, avant de les reverser via des “recharges” sur les compte de la néobanque Revolut de leurs “clients”. Elles empochaient, au passage, entre 10 et 15 % de commissions.
En cinq mois, entre novembre 2023 et mars 2024, 13,4 millions de francs ont ainsi transité sur leurs comptes pour un bénéfice, pour les deux femmes, de quelque deux millions de francs.
“Nous avons pris les renseignements avec plusieurs influenceuses. Il y en a tellement qui font ça, qu’on s’est dit qu’on allait se lancer. On s’est mis sur Facebook et plusieurs personnes nous ont fait des demandes. Au départ, c’étaient des petites sommes”, a soufflé la mère.
Celle-ci a déclaré s’être renseignée au préalable auprès de sa banque, mais aussi de la Direction des impôts, pour s’assurer qu’elle était en règle : “On m’a dit que j’avais le droit”.
Pourtant, c’est bel et bien son établissement bancaire qui a sifflé la fin de la partie en clôturant les comptes en raison de ces importants dépôts en espèces et des nombreux virements qui suivaient.
“Vous empochiez 10%. Pour à peine trois clics sur des comptes, ça fait chère la prestation”, a relevé le président du tribunal. La mère a dit ne pas s’être posée de “questions au départ” : “Après, oui, ça faisait beaucoup en espèces (…) Il y avait des choses louches. Je l’ai compris qu’après”.
“Ça c’est le Père Noël. Ça n’existe pas”.
Avec leurs gains, les deux femmes n’ont pourtant pas mené grand train. Elles ont en effet “investi” 1,5 million sur un probable système pyramidal découvert sur “les réseaux sociaux”. Une somme qu’elles n’ont jamais revue. “C’était un soi-disant placement avec un intérêt de 60% tous les deux jours. Ça, c’est le Père Noël. Ça n’existe pas”, a souligné, dépité, le président du tribunal.
“On a été naïves. Ça n’a pas fait ‘tilt’ tout de suite”, a gémi la fille, en larmes, “j’ai peur des répercussions car j’a été critiquée sur les réseaux. Je regrette. Aujourd’hui, je reprends ma vie en main, mais sur le droit chemin”. Même son de cloche pour la mère qui a expliqué faire désormais de la “prévention” sur les arnaques en ligne et le blanchiment.
Au total, leurs virements ont bénéficié à “au moins 17” personnes. Mais seuls deux hommes ont été renvoyés devant le tribunal. Le premier, condamné en mars 2026 à cinq de prison ferme pour trafic de stupéfiants et blanchiment, avait remis environ 2 millions en espèces. Des fonds provenant, selon ses dires, “de combats de coqs et de jeux d’argent”.
Pour le second, un photographe patenté, la somme s’élève à 4 millions de francs. Il a prétendu qu’ils provenaient en partie de son activité, mais sans pouvoir justifier d’aucune facture.
“Je suis passé par elles car les banques prenaient trop cher pour les transferts”, a-t-il dit aux enquêteurs. “Mais il vous coûte encore plus cher ce service : 400 000 francs. Il y a un problème de cohérence”, a rétorqué le président.
La mère a finalement été condamnée à 18 mois de prison avec sursis, et sa fille à un an avec sursis. Toutes deux devront aussi s’acquitter d’une amende de 15 000 francs.
Le photographe a quant à lui écopé de deux ans, dont 18 mois ferme, avec mandat de dépôt. Arrivé libre au tribunal, il en est reparti menotter. Le dernier mis en cause, déjà détenu en raison de sa précédente condamnation, a pris deux années supplémentaires.
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