Autodétermination : Tematai Le Gayic appelle l’État au dialogue face à une « unité polynésienne »

Autodétermination : Tematai Le Gayic appelle l’État au dialogue face à une « unité polynésienne »

Tahiti Nui Télévision : Qui est à l’initiative de cet accord ?
Tematai Le Gayic, président du groupe A Fano Ti’a à l’Assemblée de la Polynésie française :
« D’abord, je voudrais, pour répondre à cette question, remercier le président de l’Assemblée, Antony Geros, qui m’a contacté, qui a contacté le président Edouard Fritch, et qui nous a permis, pendant une semaine, tous les trois, de discuter sur cette résolution. »

TNTV : Donc on peut dire que c’est Antony Geros qui est à l’initiative de cet accord ?
Tematai Le Gayic :
« C’est lui qui a commencé à nous contacter. Ensuite, on a réussi, au bout de 4-5 versions, à trouver une résolution commune adoptée à l’unanimité vendredi dernier. »

TNTV : Vous demandez notamment une mission de visite de l’ONU. Qu’attendez-vous concrètement de sa venue ?
Tematai Le Gayic :
« Encore une fois, on n’est pas tombés d’accord sur la finalité de l’avenir institutionnel, parce que nous, on considère, à A fano ti’a, que c’est aux Polynésiens de décider par un référendum l’issue de l’avenir institutionnel de notre pays. Les Nations unies préconisent quatre issues : l’indépendance totale, l’indépendance-association, le statut quo, le statut d’autonomie, ou l’intégration totale dans le territoire administrant. Nous, nous préconisons une souveraineté en relation avec la France et d’autres pays. Ce n’est pas le choix que veulent Tavini ou Tapura, mais le plus important, c’est qu’on puisse en discuter. Parce qu’avant que les Polynésiens prennent cette décision finale, il y a des questions de citoyenneté, de reconnaissance des langues, de protection du foncier, de protection de l’emploi, qui ne peuvent pas attendre que la France, par exemple, accepte qu’on puisse en discuter. »

TNTV : On aimerait connaître la limite entre la souveraineté que vous défendez et l’indépendance.
Tematai Le Gayic : « Alors, les deux mots sont quasiment similaires. La réelle question, c’est quelle temporalité nous donnons à cet objectif de souveraineté. Encore une fois, nous nous pensons qu’à terme, ce pays doit se doter des moyens législatifs pour définir son avenir, donc avoir une souveraineté politique, mais que cette souveraineté politique ne se commande pas, elle ne s’impose pas. Il y a des réalités sociales, des réalités économiques, des réalités agricoles que nous devons atteindre comme objectif avant de se poser des questions sur l’avenir politique de notre pays. »

TNTV : A Fano Ti’a défend la souveraineté économique, la souveraineté alimentaire, énergétique, certains de vos détracteurs pensent que ces objectifs sont irréalistes. Est-ce utopique ?
Tematai Le Gayic :
« C’est dommage de penser de cette manière-là, car lorsqu’on parle de vie chère, on est obligé de parler de souveraineté alimentaire, car si on souhaite baisser le prix des produits ou si on souhaite rendre accessibles les produits agricoles, aquacoles, d’élevage, on ne peut pas ne pas penser à la souveraineté alimentaire.« 

TNTV : Et avec un regard sur la réalité, vous pensez réellement que la Polynésie française puisse être souveraine sur le plan alimentaire, ne serait-ce que sur le plan alimentaire ?
Tematai le Gayic :
« Alors il faut faire une différence entre l’autarcie et la souveraineté. L’autarcie, c’est partir du principe qu’on n’a pas besoin des autres pour réussir. Nous, nous ne pensons pas en cette manière. La souveraineté, c’est de pouvoir décider dans les différents secteurs qu’est-ce qui nous semble être stratégique, qu’est-ce qu’on doit développer. Nos détracteurs qui pensent que la souveraineté économique, par exemple, n’est pas accessible, je pense qu’ils n’ont pas assez d’ambition pour notre pays, car lorsqu’on voit qu’il y a 50 000 personnes qui cherchent un emploi, on ne peut pas ne pas être favorable à une souveraineté économique pour augmenter le nombre d’entreprises, pour augmenter l’activité de notre pays et donc, à terme, réussir à embaucher ces 50 000 personnes et leur donner du travail, de l’emploi et un logement. Donc, les objectifs que nous souhaitons atteindre en termes de souveraineté agricole, alimentaire, énergétique sont uniquement des objectifs de développement économique qui permet à notre pays de ne pas dépendre de décisions politiques qui viennent de Paris, de New York ou de Sydney. »

TNTV : Et donc, de dépendre d’aucun autre pays ?
Tematai Le Gayic :
« Exactement. Encore une fois, l’objectif, et c’est la raison pour laquelle je remercie le président Edouard Fritch d’avoir accepté de signer cette résolution, la venue des Nations unies dans notre pays pour faire un état des lieux. »

TNTV : Vous pensez réellement que l’ONU va venir, va faire le déplacement ?
Tematai le Gayic :
« Alors, la seule contrainte, c’est que l’État peut ne pas être d’accord parce que nous sommes un pays sous-tutelle. Donc, c’est l’État qui décide si l’ONU vient dans notre pays ou pas. Et je suis content, encore une fois, que le Tapura Huiraatira et le Tavini Huiraatira aient accepté qu’on signe cette résolution commune afin d’envoyer un message à l’État. Parce que, comme je l’ai dit dans mon propos liminaire, il y a des sujets que l’État ne veut pas discuter, que ce soit la protection du foncier, que la protection de l’emploi, la question de la reconnaissance de nos langues, la question de la formation, notamment dans le supérieur, qui sont des prérogatives de l’État et qui, malheureusement, sont soumises à des contraintes politiques. À chaque fois qu’un parlementaire part à l’Assemblée nationale ou au Sénat, c’est à ce moment-là que l’État accepte de nous écouter. Grâce à cette résolution commune, j’espère que l’État va se rendre compte qu’à Papeete, qu’en Polynésie, il y a une unité de la part de l’ensemble des partis pour qu’enfin ce dialogue d’autodétermination soit ouvert et discuté avec Paris. »

TNTV : En tout cas, la Polynésie française n’a pas besoin de l’État pour se mettre d’accord sur le budget, le prochain budget 2027, la session budgétaire est ouverte. Quelles sont les priorités de votre groupe ?
Tematai Le Gayic :
« D’abord, il faut dire une réalité sincère. Les Polynésiens nous attendent sur la question de la vie chère. Mais comme je l’ai dit au départ, on ne peut pas du jour au lendemain régler le problème de vie chère si on ne règle pas la difficulté de la production agricole. Donc ça se travaille sur le long terme. Pour 2027, j’ai espoir que le gouvernement mette davantage de moyens dans la réduction des paperasses administratives, car c’est un frein pour nos jeunes agriculteurs, pour nos jeunes entrepreneurs dans leur développement économique. Et j’espère également que le gouvernement mettra des moyens dans l’insertion professionnelle et dans la formation, car on le voit dans l’ensemble des jobdating, des recherches de postes de la part d’entreprises, on a des difficultés à avoir des jeunes formés et qualifiés dans divers métiers. Et donc on a besoin d’augmenter les crédits dans la formation et l’insertion professionnelle. »

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