​Une commission d’enquête sur la filière cancer

​Une commission d’enquête sur la filière cancer

​Une commission d’enquête sur la filière cancer
Tahiti, le 7 juillet 2026 - Comme nous l’annoncions dans notre édition de lundi, l’assemblée de la Polynésie française s’est penchée en début de semaine sur une proposition de délibération issue de la commission de la santé sur l’opportunité de déplacer la future implantation du cyclotron, appareil coûteux, volumineux et indispensable au traitement des cancers en Polynésie française.
 

Après des heures de débat, lundi à l’assemblée, la décision a été prise de retirer la délibération sur l’opportunité de déplacer la future implantation du cyclotron et de créer une commission d’enquête sur le sujet qui recueillera les avis des partisans de l’implantation de cet appareil au sein du CHPF et les avis de ceux qui préfèrent voir se monter un vrai centre de traitement du cancer au sein de l’Institut du cancer de Polynésie française. En séance, les élus eux-mêmes ont évoqué les pressions et le lobbying qui entourent cette prise de décision.
 
Les débats ont une fois encore été très vifs sur la proposition de délibération sur la structuration de la filière cancer proposée par Pascale Haiti-Flosse. Sur un sujet qui aurait dû permettre à la Polynésie française d’avoir déjà inauguré ses nouveaux instruments, force est de constater que c’est le sur-place qui domine encore. Pourtant, Odette Homai, représentante A Fano Ti’a, l’a rappelé lors de sa prise de parole : “Le véritable débat est de savoir comment permettre à nos malades d’accéder le plus rapidement possible au cyclotron. Pendant que nous débattons, le cancer n’attend pas.”
 
Les travaux, qui auraient dû débuter en 2022, ont été annulés pour déplacer le projet vers le CHPF et lundi, les élus se retrouvaient, non pour l’inaugurer, mais pour constater que quatre années avaient été perdues et acter que du temps supplémentaire allait devoir être consacré pour trouver le lieu idoine, en tentant de se protéger des coups de pression mis par certains professionnels de santé sur le sujet.
 
“Mais quel bordel”, s’est même exprimée l’élue non-inscrite Teave Chaumette. “Depuis dix ans, le dossier du cyclotron est une farce tragique, on déplace cette machine sur le papier comme un pion sur un échiquier. Un jour la Rotonde, après Princesse Heiata, centre 15, après échec CHPF, et aujourd’hui, on nous ressort même Mama’o. C’est du grand guignol administratif.”
 
“On voudrait nous faire croire que le gouvernement improvise, c’est faux, et les faits sont têtus”, a interpellé Pauline Niva. “Le budget est voté (…) le chemin le plus rapide est de laisser faire la maîtrise d’œuvre en cours”, a-t-elle insisté afin que la politique mise en place par l’ancien ministre Cédric Mercadal puisse aller au bout des choix pris de ne pas donner suite au projet d’implantation à Princesse Heiata préconisé par l’ancien gouvernement Fritch.
 
S’en est suivi un changement de position. A Fano Ti’a souhaitant conserver le projet en cours au CHPF, le Tavini et le Tapura demandant la création d’un pôle de cancérologie rattaché à l’ICPF, et les non-inscrits regardant passer les tirs.

La charge de Haiti, la réponse d’Ansquer
Pascale Haiti-Flosse, rapporteuse de la proposition de délibération, aura été la plus virulente envers la décision prise par le gouvernement de stopper l’implantation du cyclotron à l’ICPF pour le remettre au CHPF et envers certains médecins. “Pourquoi le gouvernement nous demande-t-il de lui faire confiance alors que ce dossier a changé plusieurs fois d’orientations”, s’est-elle interrogée. “Je m’interroge sur la place de certains au sein de la commission médiale du CHPF, et je regrette que le docteur Dupire, qui n’est pas un spécialiste, veuille s’arroger tous les pouvoirs au sein du CHPF”, a pointé du doigt l’élue. “Il cherche à manipuler les esprits pour imposer sa seule vision qui ne sert pas l’intérêt des patients. (…) Le CHPF manque de place. La CPS avait même proposé de financer le projet Princesse Heiata, y voyant une façon de limiter les évacuations sanitaires. L’État et le Pays apportaient leur soutien financier… Mais le ministre était resté sourd, et nous avons même perdu le financement de l’État. Tout cela pour en être toujours au même point aujourd’hui.”
 
La ministre de la Santé, Raihei Ansquer, avec le calme qui caractérise les médecins, s’est quant à elle prononcée contre la délibération proposée. “Aujourd’hui, on me demande de suspendre l’installation d’un cyclotron alors que le process est déjà lancé. Je vous demande de ne pas ralentir ce projet. (…) Je suis pour la création d’une commission d’enquête, mais je suis contre la suspension des travaux d’installation du cyclotron. Parce qu’il existe un clivage dans la santé qui va nuire à son fonctionnement, je demande humblement le retrait de cette délibération. La santé a besoin d’être unie pour fonctionner.”
 
En complément, la ministre de la Santé a demandé à recevoir les médecins de chaque “camp” pour en discuter au lieu de constater le lobbying exercé sur les élus de l’assemblée.
 
Finalement, le texte sera retiré au profit de la composition prochaine d’une commission d’enquête sur le sujet après une longue suspension d’audience.
 
Cependant, les travaux d’études ne seront pas arrêtés pour autant concernant l’implantation du cyclotron à l’hôpital de Pirae. Tout juste seront-ils mis à la corbeille si la commission d’enquête, qui pourrait durer six mois, livre un rapport qui privilégie l’implantation au sein de l’ICPF.
 
La ministre de la Santé s’est dite prête à prendre le risque de la poursuite des travaux en attendant les résultats de la commission d’enquête pour ne plus perdre de temps sur le sujet.

Tahiti-Infos, le site N°1 de l'information à Tahiti