Rapport sur : "Les violences intrafamiliales en Polynésie française"
Madame Isabelle TREBUCQ
Les travaux conduits par le CESEC à travers son rapport mettent en évidence un constat clair : les violences intrafamiliales en Polynésie française constituent un phénomène à la fois saillant, complexe et durable, dont les effets affectent profondément les victimes et la cohésion sociale.
Par ailleurs, l’écart substantiel entre environ 4 000 dépôts de plainte et 500 affaires jugées par an, interpelle l’institution qui considère que la prise de conscience et une mobilisation des moyens par la justice et des forces de l’ordre doivent apporter des réponses efficaces.
En Polynésie française, l’action publique est confrontée à de multiples défis tels que la dispersion géographique, l’éloignement, la promiscuité sociale, ainsi que par des fragilités structurelles persistantes, notamment en matière de logement, de prévention et d’accès aux services. Ces violences sont également aggravées par des problèmes d’addictions à l’alcool et aux produits stupéfiants.
Si de nombreux dispositifs existent et si l’engagement des acteurs institutionnels et associatifs est réel, l’action publique demeure marquée par une approche fragmentée, centrée sur la gestion de l’urgence, au détriment d’une logique anticipatrice et globale.
La protection effective des victimes — et en particulier des enfants — doit constituer le principe directeur de cette organisation, impliquant des réponses immédiates, coordonnées et adaptées à chaque situation.
D’autant que la politique publique de prévention et la lutte contre les violences intrafamiliales en Polynésie française est une compétence partagée. L’enjeu ne réside donc pas uniquement dans le renforcement des dispositifs existants, mais dans la structuration d’une véritable politique publique intégrant : sensibilisation,prévention, protection, répression, accompagnement et reconstruction. Cette évolution implique un mode de pilotage efficace et une clarification des responsabilités entre l’État, le Pays et les communes.
Au-delà des aspects organisationnels, le rapport met en lumière une dimension essentielle : celle des représentations sociales. Les violences intrafamiliales se heurtent encore à des mécanismes de silence, de banalisation et de normalisation, qui freinent la révélation des faits et entravent l’action publique. La prévention doit s’inscrire dans une démarche de transformation durable des normes sociales, fondée sur l’éducation, la sensibilisation et la formation des acteurs.
La lutte contre les violences intrafamiliales appelle ainsi une mobilisation collective, dépassant le seul cadre institutionnel. Elle implique l’ensemble de la société : familles, communautés, professionnels, associations et institutions.
Enfin, la portée de l’action publique dépendra de sa capacité à s’inscrire dans la durée. La prévention des violences, la protection des victimes et la reconstruction des parcours nécessitent des politiques stables, lisibles et faisant l’objet d’évaluations.
Il s’agit, en définitive, d’un enjeu fondamental pour la société polynésienne : garantir que l’espace familial, lieu premier de construction des individus, redevienne un espace de protection, de sécurité, de confiance et d’épanouissement.
Au-delà des seules violences intrafamiliales, le rapport invite également les autorités publiques à renforcer l’attention à des situations connexes, telles que le délaissement des enfants, des personnes âgées et, plus largement, des personnes en situation de vulnérabilité. Ces réalités, souvent moins visibles, s’inscrivent pourtant dans des dynamiques familiales, marquées par des formes de négligence, d’isolement ou de rupture.
Rapport sur : "Les violences intrafamiliales en Polynésie française"