Carnet de voyage… TEROO A

Carnet de voyage…
TEROO A

Carnet de voyage…

TEROO A VAHINE… L’ENFANT DE CHŒUR TAHITIEN ADOPTE PAR LA BELGIQUE S’EN EST ALLE !

C’est le 14 février 2026 que René William Teroo a Vahine s’est éteint à Roulers en Belgique ! Il allait avoir 92 ans. Qui se souvient de lui… hormis sa famille proche, et les quelques rares amis qui vivent encore ? Il avait quitté sa Polynésie il y a 73 ans !

Pourquoi parler de lui ? Parce que c’est un missionnaire belge, le Père Georges Vandoorne, décédé en 1961 à Raiatea qui l’a conduit à vivre et fondée une famille en Belgique. Enfant de chœur à Mahina auprès du Père Georges, il a accompagné celui-ci lors d’un voyage en Belgique pour raison de santé. Hébergé par son parrain de chœur à Roulers, il y a appris le métier de mécanicien, une véritable passion pour lui…

Nous vous laissons découvrir sa vie retracée en 2014 lors d’un de ses voyages à Tahiti.

Il a été inhumé le 21 février 2026 dans le caveau familial en Belgique auprès de son épouse Katia décédée en 2008.

À sa famille en Belgique et à Tahiti, la paroisse de la Cathédrale présente ses sincères condoléances.

Une messe sera célébrée à son intention, dimanche 8 mars à 18h à la Cathédrale de Papeete.

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LA DEPECHE – 21 MAI 2014

MAHINA – Parti du fenua depuis 62 ans, l’enfant de chœur a été adopté par la Belgique.

TEROO A VAHINE, LE PLUS BELGE DES TAHITIENS

Ce n’est pas une histoire belge que celle de la vie de Teroo William a Vahine, âgé aujourd’hui de 80 ans. C’st le destin d’un enfant de chœur de l’église Saint-Paul de Mahina, parti il y a 62 ans du fenua et adopté depuis par la Belgique. Après quelques semaines de vacances à Orofara, chez son frère Temuri a Vahine, dit Minono, Teroo nous a raconté comment il est devenu le plus belge des Tahitiens.

Quatrième d’une fratrie de sept enfants, Teroo est né le 14 juillet 1934, après le coup de canon. Sa mère Raymonde Fuller, épouse de Maere a Vahine, était, ce jour-là, à Moorea en visite dans la famille, lorsqu’elle a été surprise par la détonation d’un coup de canon délivré pour les célébrations de la fête nationale. L’émotion a déclenché la naissance de Teroo. C’était à Afareaitu, il était 9h30.

L’enfant suit sa scolarité à Mahina et, à 14 ans, il est baptisé à l’église Saint-Paul autrefois située route de la pointe Vénus. Il aurait pu être protestant, car papa est protestant, mais maman est catholique. Chacun leur tour, les enfants adoptent la religion en fonction de leur place dans la fratrie. Le premier est protestant, le second est catholique, le troisième à nouveau protestant, et donc Teroo est catholique.

Comme son copain Pierre Auméran, il devient enfant de chœur auprès du père Georges Vandoorne. Le curé a une allure inquiétante avec sa barbe noire et sa toge sombre. On dit qu’il n’était pas tendre avec les chapardeurs de mangues. Mais sa bonté avec la famille Vahine est d’un grand secours, surtout en raison du handicap du chef de famille frappé par la poliomyélite. En retour de cette aide, Teroo devient l’assistant à temps plein du prêtre jusqu’à ses 19 ans.

Assistant à plein temps du curé

Cette tranquillité de la vie paroissiale va être perturbée en 1953. […] Son mal aux intestins ne peut-être soigné à Tahiti. Le père Vandoorne est contraint de repartir pour la Belgique, d’où il est originaire. Et Teroo va le suivre.

Après un long voyage en mer, à bord du Sagittaire, le prêtre et son jeune assistant débarquent à Marseille. C’est un ami du curé, René Paret, qui les accueille. Teroo n’a jamais vi ce riche commerçant belge, mais l’ami du curé n’est pas non plus un inconnu, car c’est son parrain spirituel. En effet, le père Georges avait baptisé Teroo, à ses 14 ans, du prénom René en souvenir de son ami et compatriote belge. Teroo avait correspondu avec René Paret, qui avait accepté d’héberger le jeune Tahitien, le temps de la convalescence du prêtre. Georges Vandoorne ne pouvait faire entrer son assistant au couvent. La remonté vers la Belgique, à Roulers, à 30 km de Lille, s’est faite en pontiac, se souvient Teroo.

Il fait de son hobby son métier

Le jeune Tahitien est vite intégré à la famille Paret, qui compte deux fils et une fille. Cette dernière Katia, n’a que 9 ans, mais els deux s’entendent bien. Katia apprend le flamand au tahitien, et Teroo apprend le français à la jeune fille. Il lui enseignera le tamure, ou encore le rock. Mais Teroo n’est pas là pour danser. Voilà un an qu’il vit en Belgique. Après avoir réparé un jour le vélo de son parrain, celui-ci lui demande s’il veut suivre une formation en mécanique. Teroo accepte, la mécanique a toujours été un hobby pour lui. Mais René Paret ne peut pas garder son filleul comme ça. Il demande à Teroo de retourner à Tahiti pour demander l’autorisation à ses parents. Alors Teroo revient à Mahina durant six mois et repart en Belgique. Il passe ses diplômes et devient mécanicien pour l’entretien des véhicules de livraison de son parrain. Ils ouvrent même un garage.

Rétabli entre-temps, le père Georges Vandoorne est reparti sans son assistant en Polynésie. Il a œuvré dans les Iles Sous-le-Vent et il est décédé à Raiatea.

Dans la petite ville belge, où il n’y a pas beaucoup d’étrangers, Teroo est un peu une vedette. Le jeune et beau Tahitien a du succès auprès des filles, surtout depuis que le photographe du village a mis son portrait en vitrine, en pareu. À Ostende, ville balnéaire belge, Teroo sort avec ses amis, mais une demoiselle est secrètement jalouse. Jusqu’au jour où Katia, qui a grandi, avoue enfin son attirance pour Teroo. Finalement, ils se sont mariés en 1970. Katia a 25 ans, Teroo en a 35. Ils ont deux enfants. Emmanuelle, à défaut de pouvoir l’appeler Manu que les autorités n’ont aps accepté d’enregistrer, et Pamela.

Trois fois grand-père

Katia est décédée il y a six ans. Mais Teroo n’est pas seul, il est trois fois grand-père.

Sa vie est en Belgique, dont il a aujourd’hui la nationalité. Quand il revient au fenua, son grand frère Minono ne se gêne d’ailleurs pas pour le taquiner de ne plus être un Tahitien. Après 62 ans de Belgique, Teroo ne roule pas les « r » comme un tahitien parlant français, mais il a un petit accent flamand. Par contre, il n’a jamais oublié ses racines.

© 2014 – La Dépêche