Laissez-moi vous dire… PE
Laissez-moi vous dire…
PEUT-ON SE PASSER DE DIEU ?
Les Chrétiens viennent d’entrer dans le temps de Carême, les médias occidentaux ne l’ont guère mentionné ! Il ne faut pas s’en étonner car, depuis un bon nombre d’années, dans le monde occidental -et plus particulièrement européen- Dieu n’y a plus de place. Les preuves ne manquent pas.
Pourtant, récemment je regardais le programme de philosophie des classes terminales de lycée et quelques exemples d’épreuves proposées au baccalauréat. Je me suis aperçu que la religion pouvait encore être un sujet de préoccupation, par exemples : L’Homme peut-il se passer de religion ? Peut-on fonder une morale sans religion ?,Peut-on penser une société sans religion ? Comment vivre sans religion ni doctrine ?
On peut s’interroger sur quels auteurs vont s’appuyer nos potaches pour construire leur dissertation. Probablement Nietzsche et sa célèbre affirmation : « Blasphémer Dieu était jadis le pire des blasphèmes, mais Dieu est mort et morts avec lui ces blasphémateurs ». Peut-être Karl Marx : « La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple. » Parleront-ils de l’existentialisme athée de Jean-Paul Sartre ? Feront-ils référence au pari de Blaise Pascal ? ou à l’intériorité du christianisme selon Kierkegaard affirmant que Dieu venait mystérieusement à chaque individu. Le lycéen chrétien osera-t-il citer la Bible ou les Pères de l’Église… ? Quant aux sociétés sans religion, saura-t-il prendre appui chez Henri Bergson qui affirmait “qu’il n'y a pas de culture qui ne soit érigée sans religion’’.
Mais quelle est la religion des jeunes de nos jours ? Apparemment beaucoup de jeunes ne peuvent se passer de dieu(x), ce peut être une idole du genre chanteur ou chanteuse, un sportif de haut niveau, une miss ou une actrice. Mais il y a des divinités plus inquiétantes qui fascinent certains jeunes : le téléphone portable ou certains jeux ou l’argent ou pire : la drogue, les addictions sexuelles ou autres… Le dieu suprême étant principalement “le Plaisir’’ ! On se souvient du film Le Cercle des Poètes disparus (1989) qui délivrait aux lycéens et étudiants son message : “carpe diem’’ (cueille le jour), une reprise d’une formule latine : “Carpe diem, quam minimum credula postero’’, (Cueille le jour sans te soucier du lendemain).
Cette incitation à la jouissance immodérée alliée à une sorte d’insouciance égoïste éloigne la jeunesse du sens de l’effort, de l’altruisme, lui faisant oublier (voire rejeter) les valeurs transmises par leurs parents et grands-parents.
Faut-il être pessimiste, défaitiste pour autant ?
Non, loin de là. Les conversions existent et sont toujours possibles. Nous en avons quelques exemples dans nos familles grâce à la Croix Bleue, à certains mouvements, certaines associations. Le mouvement Te Vai Ora en est témoin.
Souvenons-nous de la conversion de quelques saints et saintes passées par des périodes troubles de leur existence. Je reprends ici quelques extraits des Confessions de Saint Augustin d’Hippone.
Au Livre IV, chapitre 1er, intitulé Neuf années d’erreur, Augustin se confesse ainsi : « Pendant ces neuf années de mon âge, de dix-neuf à vingt-huit, je demeurai dans cet esclavage, séduit et séducteur, au gré de mes instincts déréglés ; je trompais en public par les sciences dites libérales ; en secret, par le mensonge d’une fausse religion : ici, jouet de l’orgueil, là, de la superstition, partout de la vanité. Épris du vide de la gloire populaire, j’en étais venu à jalouser les applaudissements du théâtre, les luttes de poésie, la poursuite des couronnes de foin, les bagatelles des spectacles, toutes les intempérances du libertinage. »
Pas très glorieux pour un futur saint !
Et plus loin, au Livre X, chapitre XXVII, intitulé Dieu est au-dedans de nous :
« Bien tard, je t’ai aimée, Ô Beauté si ancienne et si neuve ! Bien tard je t’ai aimée ! Tu étais au-dedans, moi j’étais au-dehors, et là, je te cherchais : sur tes gracieuses créatures, tout disgracieux, je me ruais ! Tu étais avec moi ; je n’étais pas avec toi, loin de toi, elles me retenaient, elles qui ne seraient, si elles n’étaient en toi. Tu appelas, crias, rompis ma surdité ; Tu brillas, éclatante, chassant ma cécité ; Tu embaumas, je respirai, je soupirai ; Je t’ai goûtée, j’eus faim et soif ; Tu m’as touché, et je pris feu pour la paix que tu donnes. »
Quel revirement ! Quelle conversion ! N’oublions pas que Ste Monique, la maman d’Augustin, a longtemps prié pour la conversion de son fils ; et St Ambroise est aussi intervenu.
Donc chrétiens, ne désespérons jamais, surtout en temps de Carême, et chantons avec le Psalmiste : « Heureux le peuple qui a pour Dieu “Le Seigneur’’ ! » (Ps 143, 15)
Dominique SOUPÉ
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