Raihei Ansquer : « Plus de 25% de vieillissement » de la population attendus « d’ici 2040 »

Raihei Ansquer : « Plus de 25% de vieillissement » de la population attendus « d’ici 2040 »

TNTV : On ne connaît pas précisément le nombre de personnes atteintes d’Alzheimer en Polynésie. Au-delà de la sensibilisation, quel plan concret prévoyez-vous pour mieux repérer les malades ?

Raihei Ansquer : « On sait qu’aujourd’hui notre population va vieillir de plus en plus. On est a plus de 25% de vieillissement en plus d’ici 2040. Donc, il est très important de pouvoir se soucier des maladies qui vont se développer suite à ce vieillissement. La CTC a ouvert une enquête sur le vieillissement et ça va nous permettre de voir quels sont les leviers qui pourront être mis en place dans les années futures. Pour l’instant, nous avons des dispositifs d’aide aux familles, puisque les familles qui doivent accompagner ces malades sont très disponibles et très chargées aussi. Il faut les aider. Donc, il y a des dispositifs, mais ces dispositifs répondent à des critères. Donc, c’est aidants fetii et aidants familiaux. Et nous avons, par contre, très peu de structures qui peuvent accueillir ces malades. Il sera nécessaire de très rapidement pouvoir les développer ».

TNTV : Vous parlez de l’enquête de la CTC, mais il y a également une étude portée par l’UPF pour mieux cerner les besoins des personnes concernées. Comment comptez-vous utiliser ses résultats ?

Raihei Ansquer : « Je n’ai pas pris connaissance de cette étude, mais j’en prendrai compte pour pouvoir justement, avec ma collègue ministre des Solidarités, mettre en place justement les mesures nécessaires ».

TNTV : Le Syndicat des médecins libéraux vous a interpellée cette semaine. Il demande que le diabète de type 2 soit reconnu en longue maladie dès le diagnostic. Il craint que le coût du suivi ne décourage certains patients de se soigner. Que lui répondez-vous ?

Raihei Ansquer : « Je leur réponds que je suis médecin aussi. Donc, ce qu’on constate sur le terrain, c’est que les patients qui ne peuvent pas acheter leurs médicaments ne sont pas très bien traités et finissent par des complications. Donc, ça peut aller jusqu’à la dialyse, donc des traitements très coûteux. Il est pertinent, oui, de commencer à réfléchir sur les maladies telles que le diabète non compliqué à faire passer en longue maladie. J’ai rencontré les médecins libéraux au mois de juillet dernier. Je leur ai expliqué que nous n’avions pas changé les critères dans cet arrêté, mais que nous avions juste ajouté l’endométriose. Parce que les travaux nécessaires pour pouvoir y intégrer les autres maladies telles que le diabète non compliqué, que l’hypertension essentielle, non compliquée également, ce serait sur du plus long terme parce qu’il est nécessaire de travailler notamment sur des études médico-économiques pour savoir quel est le format. Ils vous ont parlé des paniers de soins. C’est un format qu’on envisage, mais que nous devrons travailler, discuter avec les acteurs de terrain que sont les médecins libéraux ».

TNTV : Le panier de soins, c’est une option qui ne semble pas les convaincre. Est-ce que vous entendez également cela ?

Raihei Ansquer : « Oui, ça doit être entendu. Je leur ai déjà dit. D’ailleurs, je leur ai envoyé un courrier il y a 15 jours pour leur expliquer que lorsque nous reprendrons ces travaux, ils seront pleinement associés. Le problème, c’est que nous devons concilier les difficultés de terrain, donc de prise en charge et les coûts. Donc, il est important qu’on puisse en discuter tous ensemble ».

TNTV : Vous entendez toutefois l’argument des médecins souhaitant une prise en charge plus tôt pour éviter des complications et donc des coûts plus onéreux….

Raihei Ansquer : « Oui, voilà. Comme je le disais, je suis médecin aussi et je constate que les patients qui viennent dans des cas très graves et très compliqués, ce sont des patients qui ont arrêté leur traitement et parfois les 30% restants, puisqu’aujourd’hui la CPS rembourse 70% des traitements, des fois, les personnes n’arrivent pas à acheter leur traitement sur les 30% restants et ceux-là finissent régulièrement aux urgences dans des états compliqués. Donc, ce sont des maladies qu’il faut considérer. Le diabète, quand il n’est pas compliqué, il faut pouvoir le traiter pour qu’il ne devienne jamais compliqué en fait ».

TNTV : Revoir l’arrêté qui établit les longues maladies est une démarche sur le long terme, vous l’avez dit un peu plus tôt. Qu’entendez-vous par long terme ?

Raihei Ansquer : « Cela fait un an qu’on y travaille déjà. L’endométriose était une demande forte et un engagement de notre gouvernement. Donc, j’ai tenu à sortir cet arrêté avec justement l’endométriose qui était la nouveauté. Mais si on avait dû continuer encore, ça prendrait, je pense, encore une bonne année avant de pouvoir décider, et du dispositif panier de soins ou longues maladies, ou alors les deux, et de savoir quelles sont les maladies qu’il faudrait mettre à l’intérieur du carnet rouge ».

TNTV : Le gouvernement s’est également engagé à mieux accompagner les personnes atteintes de VIH : prévenir les complications et éviter de nouvelles contaminations. Une crise nationale est déclarée chez nos voisins de Fidji. Ici, le nombre de nouveaux cas recensés cette année dépasse déjà celui de toute l’année 2025. Une campagne de prévention avait été annoncée, finalement reportée. Pourquoi ce report ?

Raihei Ansquer : « Alors non, la campagne de prévention a bien eu lieu. Elle a commencé l’année dernière. C’était une campagne de communication. Il y avait eu également un clip, une vidéo. Il y avait eu des campagnes aussi de distribution de préservatifs et d’informations. Maintenant, la demande politique qui a été faite, c’est celle de mettre en place le dispositif de la PrEP et de la TEP, donc le traitement pré-exposition. Ce dispositif est enfin prêt depuis fin juillet. Le problème aujourd’hui, c’est que nous n’arrivons pas à trouver de médecin pour le porter. Parce qu’il ne s’agit pas juste de délivrer un médicament, il s’agit également de faire suivre ces malades avant, pendant et après, de leur faire des prises de sang de contrôle et de savoir qui on intègre ou pas dans ces traitements ».

TNTV : Il y a un médecin qui est engagé dans la lutte contre le sida, le docteur Lam Nguyen, qui doit quitter le service du VIH. Où en est le recrutement de son remplaçant et comment garantissez-vous la continuité du suivi des patients en son absence ?

Raihei Ansquer : « Il y a deux médecins au CMIT actuellement. Le docteur Lam prolongera peut-être. Pour l’instant, je ne sais pas puisque l’information n’est pas venue jusqu’à moi. Toujours est-il qu’il faut quand même prendre en considération la pénurie générale qu’on a. Ce n’est pas juste au CMIT, le centre des maladies infectieuses, qu’il y a un manque de médecins. C’est, comme vous l’avez vu, dans toute la direction de la santé, même au CHPF. Donc il va falloir, si effectivement le docteur Lam part cette année, qu’on commence à chercher un remplaçant et il faudra espérer le trouver ».

TNTV : Parmi les outils mis à disposition par le pays, les distributeurs de préservatifs. Où sont ces distributeurs ?

Raihei Ansquer : « A ma connaissance, il n’y a pas de distributeurs de préservatifs. Toujours est-il que dans la stratégie de prévention qu’on est en train de préparer en vue des Jeux du Pacifique, il est question de mettre des machines dans des endroits stratégiques pour une distribution gratuite, on va dire un peu plus discrète. Aujourd’hui, ce qu’on constate, c’est que les personnes n’osent pas forcément aller acheter des préservatifs, notamment nos jeunes. Donc toute cette campagne, cette stratégie de prévention du sida, elle devra aussi se faire avec de l’éducation. Donc c’est les dispositifs EVARS qu’on voit dans nos écoles pour prévenir nos jeunes qu’il faut encore continuer à se protéger. Il faudra également qu’on fasse une campagne à grande échelle pour rappeler aux gens que cette pathologie existe et qu’il est nécessaire aujourd’hui encore de mettre des préservatifs ».

TNTV : On reste sur l’accès aux soins, mais cette fois, dans les archipels, vous revenez de Huahine. Quels renforts sont encore recherchés et lesquels sont réellement confirmés ?

Raihei Ansquer : « Aujourd’hui, à Huahine, il y a deux médecins. À partir du mois de novembre, décembre, il y en aura trois, ce qui fera un effectif complet. Maintenant, la problématique est qu’on ne peut pas garantir que les candidatures soient pérennes puisqu’on constate que les médecins partent. Ils sont engagés sur six mois et parfois, au bout de deux mois, ils reviennent. Donc l’idée, c’est de mettre en place une stratégie d’attractivité globale pour assurer ces ressources dans nos îles. Et là, nous avons eu trois séances au sein du gouvernement pour discuter d’une stratégie d’attractivité globale pour pouvoir faire venir nos médecins, leur donner envie de venir et de rester chez nous ».

TNTV : Il y a un besoin criant en professionnels de santé. Un point sur Taravao, puisque vous annonciez en juillet vouloir renforcer les effectifs de l’hôpital. Quels renforts sont aujourd’hui en poste ?

Raihei Ansquer : « Aujourd’hui, les plannings sont pleins jusqu’au mois de décembre. Ils sont complétés par des vacataires. Ce n’est pas un effectif complet sur Taravao, mais on a des vacataires de Moorea et du CHPF qui viennent soutenir. Maintenant, nous avons enfin eu notre SMUR du Sud qui a été acté par l’Assemblée. Nous allons pouvoir commencer à recruter et venir renforcer Taravao, ce qui sera aussi un facteur d’attractivité. Les rencontres pour pouvoir embaucher les personnels ont déjà eu lieu. On a trois médecins qu’on a rencontrés. On espère pouvoir recruter sur la fin de l’année. Il y a 18 postes à pourvoir ».

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