
Les comptes de l'abondance
Tahiti, le 23 juin 2026 - Les comptes administratifs 2025 confirment la très bonne santé financière du Pays, avec un résultat cumulé de fonctionnement de 46,8 milliards de francs et des recettes fiscales toujours plus dynamiques. Mais derrière ces chiffres flatteurs, plus de 41 milliards de crédits d'investissement sont reportés sur 2026. De quoi alimenter le débat sur la capacité du gouvernement à transformer ses marges budgétaires en réalisations concrètes et visibles pour la population.
S'il fallait résumer les comptes 2025 du Pays en une phrase, ce serait sans doute celle retenue par les rapporteurs eux-mêmes lors de leur examen en commission vendredi : “Le décalage entre la bonne gestion financière du Pays, illustrée par la notation A+ octroyée par l'agence Standard & Poor's, et le ressenti de la population.” Car les chiffres donnent le vertige. Et ils seront décortiqués en séance plénière ce jeudi.
À la clôture de l'exercice, le budget général affiche un excédent de fonctionnement de 28,2 milliards de francs. En tenant compte des résultats accumulés au fil des années, le résultat cumulé de fonctionnement atteint 46,8 milliards de francs. Un niveau rarement atteint, qui témoigne de la solidité financière du Pays mais nourrit aussi le débat sur la traduction concrète de ces excédents dans le quotidien de la population.
Cette abondance repose avant tout sur la fiscalité. En 2025, près de huit francs sur dix encaissés par le Pays proviennent des impôts et taxes. La seule mission “Gestion fiscale” représente 176 milliards de francs de recettes, soit 85 % des recettes de fonctionnement. La TVA atteint un niveau record de 66 milliards de francs, tandis que les droits et taxes à l'importation rapportent plus de 24 milliards. Les impôts directs ne sont pas en reste, avec plus de 48 milliards de francs de recettes, dont près de 16 milliards au titre de l'impôt sur les sociétés.
40 milliards restés dans les tuyaux
Mais l'autre enseignement de ces comptes est moins flatteur. Malgré des recettes abondantes et des réserves confortables, une part importante des crédits votés n'a pas été consommée. Sur les 111 milliards de francs ouverts en investissement en 2025, seuls 60 milliards ont effectivement été dépensés. Autrement dit, près de quatre francs sur dix prévus pour financer des infrastructures, des équipements ou des opérations structurantes sont restés inutilisés au cours de l'exercice.
Le taux d'exécution des investissements plafonne ainsi à 59 %, entraînant le report de 41,8 milliards de francs de crédits de paiement sur 2026. Le phénomène touche la plupart des grandes politiques publiques : 55 % de réalisation pour l'urbanisme et le logement, 45 % pour les transports, 42 % pour le développement des ressources propres. Le tourisme fait figure de mauvais élève avec moins de 10 % des crédits effectivement consommés.
Le gouvernement met en avant le caractère pluriannuel des opérations concernées. Une explication techniquement recevable. Reste que ces reports massifs alimentent une critique récurrente : celle d'un Pays qui continue d'accumuler les excédents et de voter des crédits qu'il peine ensuite à transformer en réalisations concrètes.
Un collectif de prudence
Le collectif budgétaire associé aux comptes administratifs reflète d'ailleurs cette même logique. Dans un contexte politique devenu plus incertain à l'assemblée, le gouvernement joue la prudence. Le texte consiste principalement à reporter des crédits non consommés et à ajuster les équilibres budgétaires, sans annoncer de nouvelles mesures d'ampleur.
Parmi les rares signaux envoyés figure le Fonds de prévention et de lutte contre les addictions, dont l'enveloppe est portée à un peu plus de 30 millions de francs grâce au report de crédits non consommés. Une somme qui ressemble davantage à un marqueur budgétaire qu'à une réponse à la hauteur d'un phénomène que professionnels de santé, associations et autorités judiciaires décrivent depuis plusieurs années comme une crise majeure, notamment concernant l'ice.
Le collectif confirme également la poursuite du soutien au logement social, avec plus de 8 milliards de francs consacrés à l'Office polynésien de l'habitat (OPH), ainsi que les investissements dans les réseaux de communication à travers les concours apportés à l'OPT et au déploiement de la 4G dans les archipels.
Le mi-mandat en toile de fond
Interrogé mardi sur ce que certains qualifient de “matelas” financier, Moetai Brotherson a rejeté cette lecture. “Il faut arrêter avec ce discours simpliste. Les comptes administratifs viennent décrire une réalité budgétaire qui n'est pas la réalité de l'exécution, qui n'est pas la réalité de la projection”, a-t-il affirmé, estimant que ce “matelas” n'existait “que dans l'esprit de ceux qui veulent critiquer le gouvernement”.
Une analyse complétée par le ministre des Finances Warren Dexter. Selon lui, une grande partie de cette trésorerie correspond à des crédits d'investissement déjà fléchés mais non encore consommés. “C'est de l'argent qui est déjà affecté à des investissements. Le jour où on arrivera à rattraper ces retards, il faudra pouvoir les financer”, a-t-il expliqué.
Le désaccord porte donc moins sur les chiffres eux-mêmes que sur leur interprétation. Pour le gouvernement, ces excédents témoignent avant tout d'une capacité financière mobilisée pour des investissements futurs. Pour ses opposants, ils illustrent au contraire la difficulté persistante à transformer les crédits votés en réalisations concrètes.
Dans ces conditions, le vote de ces comptes sera observé bien au-delà de leur dimension budgétaire. Moins pour ce qu'ils disent des finances du Pays, dont la solidité ne fait guère débat, que pour ce qu'ils révéleront de l'état réel du rapport de force au sein d'une assemblée où les lignes semblent plus mouvantes que jamais.
S'il fallait résumer les comptes 2025 du Pays en une phrase, ce serait sans doute celle retenue par les rapporteurs eux-mêmes lors de leur examen en commission vendredi : “Le décalage entre la bonne gestion financière du Pays, illustrée par la notation A+ octroyée par l'agence Standard & Poor's, et le ressenti de la population.” Car les chiffres donnent le vertige. Et ils seront décortiqués en séance plénière ce jeudi.
À la clôture de l'exercice, le budget général affiche un excédent de fonctionnement de 28,2 milliards de francs. En tenant compte des résultats accumulés au fil des années, le résultat cumulé de fonctionnement atteint 46,8 milliards de francs. Un niveau rarement atteint, qui témoigne de la solidité financière du Pays mais nourrit aussi le débat sur la traduction concrète de ces excédents dans le quotidien de la population.
Cette abondance repose avant tout sur la fiscalité. En 2025, près de huit francs sur dix encaissés par le Pays proviennent des impôts et taxes. La seule mission “Gestion fiscale” représente 176 milliards de francs de recettes, soit 85 % des recettes de fonctionnement. La TVA atteint un niveau record de 66 milliards de francs, tandis que les droits et taxes à l'importation rapportent plus de 24 milliards. Les impôts directs ne sont pas en reste, avec plus de 48 milliards de francs de recettes, dont près de 16 milliards au titre de l'impôt sur les sociétés.
40 milliards restés dans les tuyaux
Mais l'autre enseignement de ces comptes est moins flatteur. Malgré des recettes abondantes et des réserves confortables, une part importante des crédits votés n'a pas été consommée. Sur les 111 milliards de francs ouverts en investissement en 2025, seuls 60 milliards ont effectivement été dépensés. Autrement dit, près de quatre francs sur dix prévus pour financer des infrastructures, des équipements ou des opérations structurantes sont restés inutilisés au cours de l'exercice.
Le taux d'exécution des investissements plafonne ainsi à 59 %, entraînant le report de 41,8 milliards de francs de crédits de paiement sur 2026. Le phénomène touche la plupart des grandes politiques publiques : 55 % de réalisation pour l'urbanisme et le logement, 45 % pour les transports, 42 % pour le développement des ressources propres. Le tourisme fait figure de mauvais élève avec moins de 10 % des crédits effectivement consommés.
Le gouvernement met en avant le caractère pluriannuel des opérations concernées. Une explication techniquement recevable. Reste que ces reports massifs alimentent une critique récurrente : celle d'un Pays qui continue d'accumuler les excédents et de voter des crédits qu'il peine ensuite à transformer en réalisations concrètes.
Un collectif de prudence
Le collectif budgétaire associé aux comptes administratifs reflète d'ailleurs cette même logique. Dans un contexte politique devenu plus incertain à l'assemblée, le gouvernement joue la prudence. Le texte consiste principalement à reporter des crédits non consommés et à ajuster les équilibres budgétaires, sans annoncer de nouvelles mesures d'ampleur.
Parmi les rares signaux envoyés figure le Fonds de prévention et de lutte contre les addictions, dont l'enveloppe est portée à un peu plus de 30 millions de francs grâce au report de crédits non consommés. Une somme qui ressemble davantage à un marqueur budgétaire qu'à une réponse à la hauteur d'un phénomène que professionnels de santé, associations et autorités judiciaires décrivent depuis plusieurs années comme une crise majeure, notamment concernant l'ice.
Le collectif confirme également la poursuite du soutien au logement social, avec plus de 8 milliards de francs consacrés à l'Office polynésien de l'habitat (OPH), ainsi que les investissements dans les réseaux de communication à travers les concours apportés à l'OPT et au déploiement de la 4G dans les archipels.
Le mi-mandat en toile de fond
Interrogé mardi sur ce que certains qualifient de “matelas” financier, Moetai Brotherson a rejeté cette lecture. “Il faut arrêter avec ce discours simpliste. Les comptes administratifs viennent décrire une réalité budgétaire qui n'est pas la réalité de l'exécution, qui n'est pas la réalité de la projection”, a-t-il affirmé, estimant que ce “matelas” n'existait “que dans l'esprit de ceux qui veulent critiquer le gouvernement”.
Une analyse complétée par le ministre des Finances Warren Dexter. Selon lui, une grande partie de cette trésorerie correspond à des crédits d'investissement déjà fléchés mais non encore consommés. “C'est de l'argent qui est déjà affecté à des investissements. Le jour où on arrivera à rattraper ces retards, il faudra pouvoir les financer”, a-t-il expliqué.
Le désaccord porte donc moins sur les chiffres eux-mêmes que sur leur interprétation. Pour le gouvernement, ces excédents témoignent avant tout d'une capacité financière mobilisée pour des investissements futurs. Pour ses opposants, ils illustrent au contraire la difficulté persistante à transformer les crédits votés en réalisations concrètes.
Dans ces conditions, le vote de ces comptes sera observé bien au-delà de leur dimension budgétaire. Moins pour ce qu'ils disent des finances du Pays, dont la solidité ne fait guère débat, que pour ce qu'ils révéleront de l'état réel du rapport de force au sein d'une assemblée où les lignes semblent plus mouvantes que jamais.
47 milliards : matelas ou mirage ?
Les 46,8 milliards de francs mis en avant dans les comptes administratifs correspondent au résultat cumulé de fonctionnement du budget général à la fin de l'année 2025. Ce chiffre est bien réel.
Mais cela ne signifie pas que le Pays dispose de 46,8 milliards librement mobilisables. Une partie de cette somme doit servir à couvrir les besoins de financement de la section d'investissement, évalués à près de 21,9 milliards de francs. S'y ajoutent 41,8 milliards de crédits de paiement reportés sur 2026, correspondant à des opérations déjà programmées mais non exécutées en 2025.
C'est sur ce point que le gouvernement et ses opposants divergent. Warren Dexter parle d'une “fausse trésorerie”, constituée en grande partie de crédits déjà affectés à des investissements futurs. Ses détracteurs y voient au contraire le symptôme d'une sous-exécution chronique des investissements.
Au-delà de la querelle comptable, le débat porte surtout sur ce que produisent concrètement ces milliards. Car si les comptes sont dans le vert, beaucoup peinent encore à identifier les grands chantiers ou équipements qui devraient en être la traduction visible.
Mais cela ne signifie pas que le Pays dispose de 46,8 milliards librement mobilisables. Une partie de cette somme doit servir à couvrir les besoins de financement de la section d'investissement, évalués à près de 21,9 milliards de francs. S'y ajoutent 41,8 milliards de crédits de paiement reportés sur 2026, correspondant à des opérations déjà programmées mais non exécutées en 2025.
C'est sur ce point que le gouvernement et ses opposants divergent. Warren Dexter parle d'une “fausse trésorerie”, constituée en grande partie de crédits déjà affectés à des investissements futurs. Ses détracteurs y voient au contraire le symptôme d'une sous-exécution chronique des investissements.
Au-delà de la querelle comptable, le débat porte surtout sur ce que produisent concrètement ces milliards. Car si les comptes sont dans le vert, beaucoup peinent encore à identifier les grands chantiers ou équipements qui devraient en être la traduction visible.
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