​Journée mondiale contre l’homophobie : "On sent que l’événement prend une autre dimension"

​Journée mondiale contre l’homophobie : "On sent que l’événement prend une autre dimension"

​Journée mondiale contre l’homophobie :
Tahiti, le 16 mai 2026 - En cette Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie 2026, l’association Cousins Cousines a organisé, samedi à Papeete, un village associatif et un concert ce soir (voir Pratique). Pour la première fois, l’événement a bénéficié du soutien du Pays et de la Ville de Papeete.

À Papeete, un village inclusif s’est installé samedi au Fare Te Aroha, situé rue des écoles, pour la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie et a rassemblé de nombreuses structures engagées, dont SOS Suicide et l’Union polynésienne pour la jeunesse. L’événement, porté par l’association Cousins Cousines, marque une étape importante : pour la première fois depuis sa création en 2016, il bénéficie d’un soutien concret du Pays et de la Ville de Papeete.

Jusqu’à 16 heures, les rendez-vous se sont succédé comme des ateliers autour de l’expression queer animés par Zena et Jimmy, des lectures et un “arbre à souhaits” proposé par Heinere. Des échanges sur la santé mentale ont également été organisés avec Karel Luciani, président de l’association Cousins Cousines depuis 2018. Le public a pu rencontrer les artistes Monak et Lalita. Pour Karel Luciani, cette reconnaissance institutionnelle est un tournant. “C’est la première année où la DSFE (Direction des solidarités, de la famille et de l’égalité, NDLR) est présente en soutien aux actions des associations LGBT. L’année dernière, nous avions déjà eu des aides ponctuelles, mais là, c’est une vraie présence et un accompagnement plus structuré”, souligne-t-il. 

​​Une conférence régionale majeure attendue à Tahiti
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Parmi les projets structurants évoqués cette année figure l’organisation à Tahiti d’une conférence régionale océanienne sur les droits humains et les questions LGBT. Habituellement organisée aux Fidji, cette rencontre réunira plusieurs pays du Pacifique du 19 au 21 octobre à la présidence. Il y a deux ans, la Polynésie avait demandé à accueillir cette conférence. Un comité a été mis en place et les organisations régionales ont validé le projet. Des délégations d’Australie et de Nouvelle-Zélande sont notamment attendues. L’objectif : renforcer les échanges régionaux dans un contexte où plusieurs pays du Pacifique continuent de criminaliser l’homosexualité.

Derrière les avancées institutionnelles, les associations alertent sur une réalité plus sombre. Les témoignages recueillis auprès des publics accompagnés évoquent des situations de rejet familial, de harcèlement et de violences. “Quand tu échanges avec certaines personnes, elles ont des parcours très difficiles. Et parfois, ça va jusqu’au suicide”, déplore un membre de SOS Suicide qui rappelle que l’association Cousins Cousines travaille en lien avec SOS Suicide. Selon lui, une part importante des appels reçus concerne des personnes issues de la communauté LGBT.

Les difficultés sont particulièrement marquées dans les archipels éloignés, où l’isolement accentue les situations de détresse. Des dispositifs d’accompagnement existent, mais restent encore insuffisants face à l’ampleur des besoins.

L’éducation au cœur des attentes

Les violences homophobes sont monnaie courante mais rarement pointées du doigt par les autorités. C’est pour cela que les acteurs associatifs insistent sur le rôle central de l’éducation dans la lutte contre les discriminations. Ils espèrent notamment une mise en œuvre effective des programmes d’éducation à la vie affective et relationnelle dans les établissements scolaires.

“Il faut apprendre le respect, le vivre-ensemble, et rappeler aux enfants que leur corps leur appartient”, insiste Karel Luciani, tout en reconnaissant les résistances encore fortes sur ces sujets.

Pour les associations, ces actions de prévention sont essentielles pour faire évoluer durablement les mentalités et réduire les violences. En marge des initiatives associatives, certaines communautés religieuses affichent également une évolution progressive. En mars 2025, à Papara, la Communauté du Christ a célébré le premier mariage religieux homosexuel en Polynésie. Pour le pasteur Raiarii Tama, cette ouverture reste toutefois fragile. “C’est difficile, parce que c’est contre les mœurs. Il y a encore beaucoup d’incompréhension et d’animosité”, reconnaît-il.
Pasteur au sein de Frère en Action, partenaire de Cousins Cousines, il défend une lecture inclusive de la foi. “L’Église doit bénir et accompagner toutes les personnes. Les personnes LGBT ont aussi besoin d’amour et de reconnaissance.” Selon lui, les débats internes ont évolué progressivement. “Il y a dix ans, on a commencé à en parler dans nos chapelles. On a compris que les témoignages des personnes LGBT étaient les mêmes que les autres : des parcours souvent marqués par la souffrance.”

Entre reconnaissance politique, initiatives éducatives et résistances sociales, la lutte contre les discriminations LGBT en Polynésie continue de se construire par étapes. “Rien n’est acquis”, résument les acteurs associatifs, alors que les débats sur les droits, la protection des jeunes et l’inclusion restent au cœur des priorités du Pays.

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​Karel Luciani, président de l’association Cousins Cousines 

Concrètement, qu’est-ce que l’aide du Pays change sur le terrain ?


“Depuis 2016, on organise un événement pour la journée du 17 mai, la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie. L’idée, c’est de proposer chaque année un temps fort avec les associations, les bénévoles et les partenaires, pour visibiliser les droits et les réalités des personnes LGBT en Polynésie. C’est la première année où on a eu, sans le demander, un soutien du Pays. La Direction des solidarités, des familles et de l’égalité nous a proposé de nous accompagner pour mettre en place l’événement. Ça change beaucoup de choses dans la manière d’organiser, mais aussi dans le sentiment de reconnaissance. Le village est plus conséquent que les années précédentes, on a plus de stands, plus de visibilité, et on a aussi un concert ce soir, de 18 à 22 heures. On sent que l’événement prend une autre dimension. Ce n’est pas forcément une question de moyens financiers directs pour l’association, mais plutôt un appui organisationnel, via la DSFE et un prestataire.”

Vous parlez d’une première année “accompagnés”, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

“C’est fort, parce que c’est quelque chose qu’on attendait depuis longtemps. On a beaucoup porté cet événement avec nos bénévoles, nos forces associatives, parfois dans des conditions compliquées. Là, on se sent accompagnés, soutenus, et mentalement aussi, ça change beaucoup de choses. C’est la première fois qu’on ressent ça à ce niveau. Notamment depuis l’annonce de la création d’un portefeuille LGBT. On attendait des actions concrètes derrière les annonces. Aujourd’hui, on voit un début de traduction sur le terrain, avec des soutiens, des autorisations, et aussi des symboles forts comme le drapeau LGBT hissé à la présidence et à l’hôtel de ville. Le travail des associations est très lourd. Lutter contre les discriminations, les violences, les rejets familiaux, ce n’est pas quelque chose qu’on peut porter seuls. Quand on est accompagnés par des institutions, des collectivités, ça donne de la force et de la légitimité. On avait besoin de ces alliés, vraiment.”

Le thème de cette année est “au cœur de la démocratie”, pourquoi ?

“Parce qu’au niveau mondial, on observe des reculs sur les droits LGBT dans plusieurs pays. Donc on voulait rappeler que ces droits font partie des valeurs démocratiques. Et malgré ce contexte global difficile, ici en Polynésie, on voit une dynamique différente, avec un soutien plus affirmé des institutions et des collectivités.”

Vous évoquez aussi des réalités très dures derrière la visibilité ?

“Oui, il faut être lucide. Derrière les événements, il y a des parcours très difficiles. Des jeunes qui vivent du rejet familial, des violences, du harcèlement, parfois des situations extrêmes. Et malheureusement, on déplore encore des suicides d’adolescents. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut minimiser. On est en lien avec SOS Suicide depuis le début. Ils ont commencé à analyser les données et aujourd’hui, on estime qu’environ un appel sur cinq concerne une personne de la communauté LGBT. Sur environ 1 800 appels par an, ça montre l’ampleur du mal-être. Il y a des situations très dures. Il y a deux ans, on a perdu trois adolescents de 13, 14 et 17 ans. Ce sont des drames qui restent en tête. Et sur le terrain, on accompagne aussi des jeunes, notamment dans les îles, où l’isolement et le manque de soutien rendent les choses encore plus difficiles.”

Justement, la situation est-elle différente dans les archipels ?

“Oui, clairement. Dans les îles éloignées, les jeunes sont souvent plus isolés, avec moins d’accès aux associations, parfois moins d’acceptation familiale. J’accompagne par exemple un jeune des Tuamotu de 17 ans, qui vit du harcèlement scolaire et un rejet partiel de sa famille. On essaie de maintenir le lien, de lui donner de l’espoir.”

Quelles sont vos priorités aujourd’hui ?

“L’éducation est essentielle. Il faut travailler sur la prévention, sur le respect, sur le vivre-ensemble, et sur la compréhension du fait que chaque enfant doit se sentir en sécurité avec son identité. Les programmes d’éducation à la vie affective et relationnelle sont importants, mais leur application reste encore inégale. La conférence océanienne des droits humains sur les questions LGBT aura lieu ici du 19 au 21 octobre, à la présidence. C’est un événement majeur, avec des partenaires du Pacifique, et potentiellement l’Australie et la Nouvelle- Zélande. C’est important pour la région, parce que plusieurs pays continuent de criminaliser l’homosexualité.”

Quel message souhaitez-vous faire passer à travers cette dynamique ?

“Qu’il faut continuer à avancer. Rien n’est acquis. Les droits peuvent évoluer dans un sens comme dans l’autre. Donc il faut rester vigilants, continuer à sensibiliser, et surtout travailler sur l’éducation des jeunes générations.”

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​Pratique
Samedi, la journée se finira avec plusieurs concerts place Vaiete à Papeete dès 18 heures. Au programme : Bel Canto de Tahiti, Joa, All in One, Ta’i Ora, Yoomi, Oaoaraa d’jeuns, Anuhea, Automne, Blues Serenaders, Tensia et DJ Teiki pour clôturer la soirée à 22 heures. À noter que les horaires sont susceptibles d’être modifiés.

Dimanche soir, l’association Agir contre le Sida organise une cérémonie internationale aux chandelles au parc Bougainville de Papeete, ouverte à tous. Un temps de recueillement et de solidarité en hommage aux personnes touchées par le VIH/Sida. Dès 17 heures, les participants seront accueillis avant une marche silencieuse de 17 h 30 à 17 h 45. La cérémonie débutera à 18 heures avec témoignages, lectures, chants, danses et allumage de bougies en mémoire des disparus. Des représentants des différentes confessions religieuses du Fenua participeront également à ce moment de bienveillance et d’humanité.

Dimanche également, le drapeau LGBT sera hissé sur des bâtiments publics du Pays. 

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