Portrait : MAI ou OMAI (1751-1780)

Originaire de Raiatea, MAI était un serviteur du Roi de Huahine.

A la suite d’une insulte rituelle contre un des chefs de l’île natale et se sachant destiné à un prochain sacrifice, il s’était sauvé à Tahiti.

Ayant rendu quelques services à Cook, lors du second voyage, il est emmené en Angleterre par le capitaine Furneaux qui le prend à Raiatea le 7 septembre 1773 à bord de l’Adventure. Le 4 juillet 1774, il débarque à Spithead. Deuxième indigène des îles de la Société conduit en Europe après Tupai’a, il est le premier tahitien à fouler le sol de la Grande-Bretagne, Tupai’a étant mort sur la route du retour.

Grâce à sa simplicité, son don d’imitation et son sens de l’adaptation naturel aux tahitiens, ce beau garçon plein d’assurance devient rapidement la coqueluche de la gentry londonienne et l’hôte des plus notables personnages de l’époque : Lord Sandwich, Sir Joseph Banks, Solander etc. De grandes familles le reçoivent aussi bien dans leurs résidences londoniennes que dans leurs châteaux de province. Présenté au Roi, Il est de toutes les fêtes. Les journaux signalent ses déplacements et l’on cite ses mots rendus plus plaisants par son anglais assez sommaire. Les beautés de la capitale, qui désirent toutes « caresser ses tatouages », ne se montrent pas cruelles à ses avances.

Partout ses bonnes manières impressionnent favorablement. En prose comme en vers, la littérature épisodique des salons, assez leste parfois, s’empare de lui. Les gazettes narrent ses faits et gestes. Les plus grands artistes le portraiturent : Nathaniel Dance nous le présente en pieds, drapé dans des « tapa », portant à la main son tabouret de tête (Turu’a, ‘uru’a), son éventaille de vannerie (Tahirihiri) et un collier de plumes ; William Party et W. Hodges, entouré de ses savants amis Joseph Reynolds, en plusieurs portraits demeurés classiques, nous peint un Omai romantique, enturbanné de plumes dans un authentique décor polynésien.

Quelques temps après son départ en date du 24 juin 1776, Covent Garden montera un spectacle « Omiab or with Captain Cook around the world », mi- comédie musicale, mi-pantomime, qui connaîtra le plus vif succès.

Le 12 août 1777, Omai arrive avec Cook dans la baie de Moorea devenue baie de Cook. Cook tente d’assoir la position d’Omai, simple roturier mais qui revenait riche de son expérience et de précieux trésors. Mais Omai, au lieu de s’introduire parmi les « gens distingués », ne fréquente, outre des parents insatiables, que des vagabonds, des fripons ou des étrangers de l’île.

Le 12 octobre 1777, il arrive à Huahine. Cook parvient à installer pacifiquement Omai, obtenant un terrain en bord de mer sur lequel les charpentiers du navire viennent lui construire une maison de 24 pieds sur 18, destinée à abriter ses trésors : meubles, chaudrons, vaisselle, cuirasses, cottes de mailles, orgue portatif, machine électrique, caisses de colifichets et le régiment de poupées, dons de ses amis d’Angleterre. Ne voyant aucune utilité à ses trésors, Omai les échange avec les matelots du bord contre des haches. Cook est également heureux de déposer à Huahine tout un cheptel dont les représentants étaient pour lui : cheval et jument, chèvres, porcs… A son corps défendant, et avant de lever l’ancre le 2 novembre, Cook confie également à Omai une panoplie d’armes à feu : un mousquet, un fusil de chasse et deux pistolets.

Omai revient rapidement à la vie indigène et reprit ses anciennes habitudes, son costume et ses mœurs indolentes. Son arsenal lui valut l’amitié du Roi de l’île qui lui donna une fille en mariage, mais en compensation, utiliserait les armes à feu de son gendre, non seulement dans les périodes critiques, comme l’ultima ratio regum, mais « allait même de temps à autre jusqu’à lui ordonner de tirer sur un homme, de manière à voir à quelle distance ses armes portaient efficacement ! ». Il était surnommé PAARI, l’instruit, mais le missionnaire Ellis nous assure que, trente ans après sa disparition, ce nom inspirait plus de haine que de respect.

En 1809, les habitants de l’île installèrent les premiers missionnaires de la London Missionary Society sur le terrain d’Omai, après leur expulsion de Tahiti.

Ellis vit encore un casque et différentes parties de l’armure ainsi que quelques curios anglais.

Il fut surtout frappé par une grande Bible illustrée, certainement, elle aussi un reliquat de la splendeur d’Omai, le premier Tahitien à avoir vu l’Angleterre.

Source: Dictionnaire Illustré de la Polynésie, Christian Gleizal, Bibliothèque patrimoniale de la Polynésie française, Collection Archives PF.