Dossier : LE ‘URU

4- ‘Uru : légende

Spécial Festival du ‘Uru

Cette légende de Ra’iatea fut écrite en 1887 par Tupai'a, maître d’école à Ra’iatea sous la dictée de son grand-père Tataura.

L’arbre à pain

Noho-ari’i (Siège du roi) était le roi !

Rua-ta’ata (Homme-fosse) était le parent de l’arbre à pain. Il appartenait à Ra’iatea, son marae était Toa-puhi (Rocher-anguille), sa femme était Ruamu-ari’i (Véritable précipitation royale) et son marae était Ahu-noa (Seulement au mur). Un autre nom pour ce marae était Taipari (Falaise vers la mer). Ceci se passait il y a très longtemps lorsque la terre rouge était utilisée comme nourriture.

Ces deux personnes avaient quatre enfants, Tara-te-feiao (Prières avec cérémonies terrestres) l’aîné, Huo-totoi-ae (Qui s’éloigne-jeu) le suivant, Terau-haehae (Feuille déchirée) un autre, ces trois-là étaient des garçons ; le quatrième était Taua-roaro (Saison nébuleuse) une fille, une seule petite sœur.

Il vint une période où la famine s’installa dans le pays pendant le règne de Noho-ari’i, ce qui fit qu’on parlait de Uturoa (Longue cape) en disant : Uturoa qui court au fara : fara était la nourriture ; Uturoa à la terre rouge : la terre rouge était la nourriture, Uturoa réduit à l’âcre terre : car c’était la nourriture, Uturoa au crabe de terre au dos amer , car les crabes de terre constituaient la nourriture !

Rua-ta’ata et son épouse se lamentaient sur le sort de leurs enfants affamés et les conduisirent à une caverne dans les montagnes pour y manger des fougères. Un soir Rua-ta’ata dit à son épouse : « O Rumau-ari’i lorsque tu t’éveilleras le matin va dehors et tu verras mes mains qui sont devenues des feuilles, regarde le tronc et ses branches, ce sera mon corps et mes jambes, et le fruit rond que tu verras sera mon crâne ; le cœur du fruit sera ma langue. Fais rôtir le fruit, laisse-le tremper dans l’eau , puis enlève la peau en le battant et manges-en, puis donnes-en à nos enfants ; ainsi vous n’aurez plus faim. »

Puis Rua-ta’ata sortit, et sa femme, ne comprenant pas ses paroles, resta dans la cave avec les enfants.

Le matin de bonne heure l’épouse se leva, sortit et constat que l’entrée de la caverne était ombragée par un arbre splendide. Tout était ainsi que son mari lui avait prédit, et des fruits mûrs étaient tombés sur le sol. C’est pourquoi cette petite vallée est appelée Tua-uru (Place de l’Arbre à pain).

C’est alors qu’elle comprit le sens des paroles de son mari, et, tout en pleurant, elle ramassa les fruits, les fit rôtir et après les avoir trempés dans l’eau selon les indications de son mari, en nourrit ses enfants et en mangea elle-même. Mais cette nourriture n’avait pas été inaugurée par le roi suivant la coutume des habitants, et bien que cette petite famille fût apparentée au roi, ils n’en mangèrent pas moins les premiers fruits eux-mêmes.

Il arriva qu’un jour les serviteurs du roi pénétrèrent cette vallée pour y chercher des anguilles, des chevrettes et des o’opu (Eleotris fusca) et apercevant des peaux de fruit de l’arbre à pain qui descendaient le courant, il les ramassèrent et ayant goûté les particules qui y étaient fixées s’écrièrent « Comme cette nourriture est bonne ! D’où vient –elle ? »

Ils se mirent alors à la recherche de ce fruit dans le fond de la vallée et arrivés à la petite clairière, aperçurent l’arbre merveilleux. La femme était auprès de l’arbre et ils l’interrogèrent : « Quel est ce fruit » Elle répondit : « C’est l’uru (tête ou fruit de l’arbre à pain) ; » « D’où vient –il ? » « D’ici, de mon mari Rua-ta’ata qui se changea en arbre à pain par chagrin de nous voir sans nourriture mes enfants et moi. »

Ils admirèrent tous l’arbre, avec ses branches penchées vers la terre et couvertes de toutes les variétés d’uru connues dans les îles. Alors les serviteurs du roi prirent l’arbre et l’ayant porté jusqu’à la côte, au pays de la femme, ils le plantèrent à proximité du marae de sa famille, Ahunoa.

C’est alors qu’un homme de Taha’a arracha une des racines de l’arbre et l’emmena à Taha’a où il la planta. Elle poussa et donna un arbre à pain. E t désormais cet homme fut connu sous le nom de Taihi (Arracheur) parce qu’il avait arraché une racine de l’arbre à pain.

Les serviteurs du roi ramassèrent des fruits mûrs et en remplirent la pirogue qui leur servait pour les cérémonies, et ils soufflèrent dans le triton pour annoncer l’arrivée des premiers fruits et pagayèrent jusqu’à Opoa, le grand lieu où la famille royale inaugurait la fête des premiers fruits du pays.

Le roi Noho-ari’i ayant trouvé la nourriture très bonne envoya ses serviteurs pour déplanter l’arbre et le replanter à Opoa et ramener également les propriétaires de l’arbre. Ils s’en furent et, revenant avec les propriétaires, plantèrent l ‘arbre en présence du roi. Une femme, nommée Toea-nui-oe-hau (Grand reliquat sensationnel), supplia qu’on lui donnât un paquet de racines qu’elle alla planter dans une vallée située loin à l’intérieur ; cette vallée s’appela Maiore (Presque sans). Ce nom fut utilisé pour désigner le fruit après que le roi Mahuru de Ra’iatea eut pris le nom d’Uru et par la suite les têtes humaines furent appelées upo’o au lieu d’uru par déférence pour le roi qui avait adopté ce nom.

Ru-mau-ari’i est ses enfants pleurèrent la disparition de l’arbre, mais au bout de peu de temps des rejets sortirent, issus des racines restées sous terre et formèrent un bouquet d’arbres qui, bientôt, porta de nombreux fruits.

La première tête (fruit) produite à Porapora (Bora Bora), il y a bien longtemps, fut appelé Teiti, parce qu’une femme du pays appelée Teiti (Petitesse) prit une racine à Opo’a et la planta à Porapora. Le premier arbre qui n’ait jamais été planté à Porapora s’appelait tête de Teiti.

Sources: Mythes tahitiens, Teuira Henry, p 89 à 91