Laissez-moi vous dire… PO
Laissez-moi vous dire…
POURQUOI SE PRIVER PENDANT LE CAREME ?
Les Chrétiens qui décident de vivre sérieusement le temps de Carême choisissent certaines formes de mortification, des renoncements afin de fortifier leur foi en participant aux souffrances du Christ qui ne cesse de s’immoler au cours des Eucharisties pour nous entraîner sur le chemin de la sainteté. C’est une façon de répondre à l’appel du Christ : « Venez à moi vous tous qui êtes fatigués de porter un lourd fardeau et je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et laissez-moi vous instruire, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour tout votre être. Le joug que je vous invite à prendre est bienfaisant et le fardeau que je vous propose est léger. » (Matthieu 11, 28-30)
Alors j’accepte, à la place de mon fardeau qui m’alourdit spirituellement, d’endosser le « joug » que me propose le Christ. Le joug est, à l’origine, une pièce de bois que l’on plaçait sur le cou des animaux de trait pour les aider à utiliser au mieux leur force de traction. Le joug dont parle Jésus, ce sont ses instructions, ses enseignements pour orienter au mieux mes forces spirituelles ; c’est « un fardeau léger » !
Loin de nous imposer une somme d’interdits, de prescriptions à suivre sans discernement, Jésus reconnait notre faiblesse, nos addictions, nos manques d’amour, nos trahisons, nos rancœurs … Confier au Seigneur ce qui déshonore notre vie, ce qui brise nos relations familiales, sociales, ce qui nous rend indignes d’être appelés enfants de Dieu, c’est faire confiance en sa divine miséricorde qui apaise notre honte, notre culpabilité, qui nous pardonne et restaure notre pureté baptismale.
Conformément au Droit canonique, pendant le temps de carême « tous les fidèles sont tenus par la loi divine de faire pénitence chacun à sa façon ; mais pour que tous soient unis en quelque observance commune de la pénitence, sont prescrits des jours de pénitence durant lesquels les fidèles s’adonneront d’une manière spéciale à la prière et pratiqueront des œuvres de piété et de charité, se renonceront à eux-mêmes en remplissant plus fidèlement leurs obligations propres, et surtout en observant le jeûne et l’abstinence… » (Canon 1249)
C’est une façon de rejoindre toutes celles et tous ceux qui, autour de nous et dans le monde, sont dans la souffrance ou le besoin. Ces temps de jeûne et d’abstinence doivent déboucher sur des gestes personnels de miséricorde envers des frères et sœurs en humanité qui attendent de l’aide.
En Polynésie, la culture ancestrale nous porte à agir en « amuiraà », on le voit en paroisse, dans les groupes de prière, les associations caritatives où sont proposées des actions communautaires en faveur des démunis. Cela ne doit surtout pas nous dispenser de faire des efforts et d’accomplir des gestes personnels de miséricorde.
Si en vivant ce temps de Carême je me découvre faible, c’est le moment de se souvenir de ce que Paul disait aux Corinthiens : « Le Seigneur m’a déclaré : “Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse’’ » (2 Corinthiens 12,9). Et si je me sens démuni face à l’ampleur des besoins de l’humanité souffrante et pauvre, je réécoute l’enseignement social de Jean-Paul II : « la solidarité (…) c’est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun, c’est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous » (Sollicitudo rei socialis, 1987, n°38).
Bonne continuation de Carême à celles et ceux qui ont décidé de le vivre sérieusement !
Dominique SOUPÉ
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