Varovaro a ti’i, la voix des origines (Hiro’a n° 216 – Décembre 2025)

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Varovaro a ti’i, la voix des origines (Hiro’a n° 216 – Décembre 2025)
Varovaro a ti’i, la voix des origines (Hiro’a n° 216 – Décembre 2025) Varovaro a tiʻi, la voix des origines Lancée officiellement en novembre, Varovaro a tiʻi héberge des récits de vie d’anciens enregistrés dans les années 1980. Plus qu’une plateforme, cette bibliothèque sonore est une invitation à plonger au cœur de la mémoire collective, à renouer avec l’héritage culturel polynésien et à faire vivre la tradition orale dans le monde contemporain, comme le raconte Marc-Emmanuel Louvat, chargé de projet – E-développement culturel à la Direction de la culture et du patrimoine. Vous avez participé à la mise en œuvre de Varovaro a tiʻi, pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste ? « Il s’agit d’une plateforme de streaming audio inédite dédiée à la préservation et à la valorisation du patrimoine oral polynésien. C’est une bibliothèque sonore qui donne accès à des enregistrements ethnographiques uniques. Ce sont des archives précieuses qui restituent la richesse des traditions, des récits et des savoirs. » Concrètement, que peut-on entendre ? « La plateforme réunit une mosaïque d’interviews, de témoignages couvrant une grande variété de thèmes : légendes fondatrices, récits historiques, mémoires familiales, techniques ancestrales de pêche, navigation et artisanat, chants et prières traditionnels, pratiques rituelles ou encore récits de voyages reliant les archipels. » Quels sont les sujets abordés ? « Parmi les enregistrements déjà disponibles, on peut entendre, par exemple, des légendes de Moʻorea, des récits sur l’origine des vallées, ou encore des descriptions détaillées des pratiques agricoles dans les Australes. On se rend compte qu’une même histoire, une légende par exemple, peut être différente d’une personne à une autre ou d’une île à une autre. Il est également question des épidémies, des mariages et fêtes, de naissance et de la manière dont on nourrissait les bébés, ou encore de guérisseurs ; il y a beaucoup d’éléments du quotidien. » D’où viennent ces témoignages ? « Des collecteurs sont allés à la rencontre d’anciens entre 1985 et 1987, à Tahiti et dans les îles, dans le cadre du Programme de sauvegarde du patrimoine ethnographique (PSPE). Ils avaient une série de questions à poser à des personnes âgées entre 60 et 80 ans. Les témoins ont surtout raconté leur jeunesse, soit des histoires passées dans la première moitié du XXe siècle. Chaque entretien, en français ou en langue vernaculaire, a été enregistré sur cassette audio. Ces voix d’anciens offrent un accès direct à une mémoire vivante, permettant à chacun d’écouter, d’apprendre et de se réapproprier un patrimoine immatériel d’une richesse exceptionnelle. » Qui a initié ce travail ? « C’est l’écrivain et homme de culture Jean-Marc Pambrun qui a lancé ce projet au début des années 1980. Puis Martine Rattinassamy, chargée d’études en matière de patrimoine culturel, a commencé à numériser les enregistrements, il y a une vingtaine d’années. Quand elle a eu terminé — il y avait tout de même un millier de cassettes —, elle s’est demandé comment valoriser ce contenu. Quand nous sommes arrivés à la Direction de la culture et du patrimoine avec Éric Bourgeois, est venue l’idée d’une plateforme. » Comment avez-vous procédé, quelle a été la démarche ? « Le but était d’offrir au plus grand nombre le maximum d’informations sans toucher au contenu des témoignages. Le principe de base était de ne toucher à rien, de ne pratiquer aucune censure — de quel droit aurions-nous pu le faire d’ailleurs ? Alors, il arrive que l’on entende les bruits ambiants comme un coq qui chante ou un scooter qui passe, il peut y avoir une tierce personne qui intervient en passant et dont on ignore le nom. La durée de chaque enregistrement varie entre dix minutes pour certains et trois heures pour les plus longs. Les collecteurs interviennent plus ou moins souvent en fonction de l’aisance des témoins. Tout a été gardé tel que cela avait été enregistré, ce qui est donc aussi intéressant pour des linguistes, car on peut entendre, par exemple, du tahitien parlé dans les îles il y a cinquante ou soixante ans. » Comment avez-vous valorisé les enregistrements ? « Il y a 130 récits en ligne pour l’instant, en français et en tahitien. Nous suivons une procédure pour chaque enregistrement : écoute, rédaction d’un résumé en français et en tahitien, relu plusieurs fois, liste des lieux évoqués, nettoyage du média au besoin et mise en ligne. Nous mentionnons également pour chaque enregistrement la date, le nom de la personne enregistrée, mais aussi celui de la personne qui a recueilli les propos et posé les questions, le nom du traducteur… » Pour quelles raisons ? « D’abord pour les remercier, mais aussi parce que nous avons le souci de mettre en ligne toutes les informations qui permettent de documenter les enregistrements et d’identifier les personnes qui ont travaillé dessus. » Depuis quand est-elle accessible au grand public ? « Nous travaillons sur ce projet depuis une année, mais le lancement officiel s’est fait la semaine du 17 novembre. » Allez-vous poursuivre le travail et continuer à enrichir la plateforme ? « Oui, la plateforme est appelée à s’enrichir régulièrement de nouveaux contenus, et nous y travaillons. Il y aura bientôt des témoignages en marquisien. Mais d’ores et déjà, on apprend beaucoup de ces récits. Quand tu connais l’histoire contemporaine polynésienne, un certain nombre d’éléments résonnent. » ◆ MARC-EMMANUEL LOUVAT, Chargé de projet – E-développement culturel à la Direction de la culture et du patrimoine (DCP) – Te Papa Hiroʻa ʻE Faufāʻa Tumu Encadré UN ÉCHO ET UN LIEN Varovaro désigne une voix que l’on entend sans voir personne, mais aussi le son mystérieux du coquillage porté à l’oreille ; tiʻi fait référence, dans la tradition polynésienne, au premier homme, figure ancestrale qui relie l’humanité à ses origines. Varovaro a tiʻi incarne à la fois l’écho invisible des voix anciennes et le lien fondateur avec la mémoire des premiers hommes. PRATIQUE https://www.service-public.pf/varovaroatii/ Document à télécharger : Varovaro a t’i’, la voix des origines (Hiro’a n° 216 – Décembre 2025)