Laissez-moi vous dire… MO

Laissez-moi vous dire…

MOURIR EN REGRETTANT D’AVOIR JUGE TROP FACILEMENT UN FRERE, UNE SŒUR…

Ce dimanche, l’Église nous invite à méditer à nouveau ce passage d’Évangile : Jean 8,1-11. Il s’agit de l’épisode où scribes et pharisiens présentent à Jésus une femme surprise en flagrant délit d’adultère. Habituellement on retient la conclusion faite par Jésus : « Moi non plus je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus ».

Je vous propose une autre approche de ce texte tirée des Apophtègmes des Pères de l’Église. Nous sommes invités à regarder non pas celle ou celui qui est en faute, mais celui ou celle qui condamne facilement et sans discernement.

« Un grand vieillard demeurait en Syrie aux alentours d’Antioche, et il avait un frère qui habitait avec lui. Or le frère était enclin à condamner celui qu’il voyait fautant.

Souvent donc le vieillard l’exhortait sur ce point en lui disant : “En vérité, mon enfant, tu te trompes, et peut-être qu’il y a en l’homme sinon l’esprit qui habite en lui” (cf. 1 Corinthiens 2,11). Souvent, en effet, beaucoup de gens ayant commis au vu des hommes beaucoup de mauvaises actions se sont secrètement convertis à Dieu et ont été accueillis. Nous, nous connaissons leur péché, mais leurs autres bonnes actions, Dieu seul les sait. En outre, beaucoup, ayant mal vécu pendant toute leur vie, souvent à l’approche de la mort et de la fin de leur vie ont été trouvés faisant pénitence et ont été sauvés. A cela s’ajoute que, par la prière des saints, des pécheurs ont été accueillis. C’est pour cela que même si on voit de ses propres yeux, il ne faut jamais juger quelqu’un. Il y a un seul juge, le Fils de Dieu. Et tout homme qui en juge un autre se trouve être comme “anti-juge” et “anti-dieu” du Christ, car, se faisant juge de préférence au juge, il s’est emparé de la dignité, de l’honneur et de la puissance que le Père lui a donnés. » […]

« On raconte encore qu’il y avait un frère devenu assez négligent dans sa vie monastique. Lorsqu’il fut proche de la mort, plusieurs pères l’entourèrent. Et le vieil Aréthas, le voyant quitter son corps gaiement et avec joie, et voulant édifier les frères, lui dit : “Crois-moi, père, tu as dit la vérité. Mais, depuis que je suis devenu moine, je n’ai pas conscience d’avoir jugé quelqu’un qui péchait, et je n’ai gardé de la rancune contre personne, mais je me suis aussitôt réconcilié le jour même. Et je veux dire à Dieu : ‘Tu as dit, Maître : Ne jugez pas, pour ne pas être jugés (Matthieu 7,1), et : Pardonnez et on vous pardonnera (Matthieu 6,14’ ”.

Tous en furent édifiés, et Arethas lui dit : “Paix à toi, mon enfant, car tu es sauvé même sans labeur”. »

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Inutile d’attendre la mort prochaine pour nous repentir, autant d’avoir fauté que d’avoir jugé ceux que nous pensions être dans le péché ! N’oublions pas que la préparation à la fête de Pâques inclut un temps de pénitence personnelle que nous pouvons concrétiser en recevant le sacrement du pardon et en engageant des démarches de pardon et de réconciliation avec un frère, une sœur que nous avions mal jugé(e).

Dominique SOUPÉ

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