Putsch raté à Moorea

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 Putsch raté à Moorea
 Putsch raté à Moorea
Tahiti, le 31 mars 2026 - À Moorea, neuf élus de la majorité d’Evans Haumani, menés par Ronald Teariki, et cinq de la minorité, menés par Ataria Firiapu, voulaient former un groupe pour prendre le pouvoir, vendredi dernier, lors de l’installation du conseil municipal. Mais cela n’a pas fonctionné puisque finalement, trois élus de la majorité se sont rétractés et Ataria Firiapu n’a pas réussi à convaincre ceux du Tavini.     
 
Vendredi dernier, lors de la cérémonie d’investiture du conseil municipal de Moorea-Maiao, qui aurait pu imaginer que derrière tous ces faux sourires ou encore ces embrassades de façade, un complot contre Evans Haumani se préparait.
 
En effet, selon nos informations, neuf élus de la majorité d’Evans Haumani ainsi que les neuf de la minorité voulaient prendre le pouvoir. Ça, c’était dans la théorie… puisque finalement, trois des neuf élus de la majorité sont retournés au bercail et le Tavini n’a pas répondu à l’appel des sirènes.
 
Dans les tractations, il était question que Ronald Teariki, élu de la majorité qui a perdu son siège de tāvana de Te’avaro au profit de Rahiti Buchin du Tavini, soit tāvana de Moorea-Maiao, Ataria Firiapu 1er adjoint au maire et qu’Anaparii Tapu du Tavini devienne également adjoint.

“C’est de la simulation du troisième tour”
Contactée, la tête de liste de Moorea-Maiao A ti’a mai, Ataria Firiapu, arrivée en troisième position au second tour, confirme qu’il y a bien eu “des discussions, mais des discussions non fondées. C'est de la simulation du troisième tour. C’est de la manipulation en interne”.
 
L’élu se dédouane ensuite et accuse ses collègues de la majorité d’être à la manip’ et notamment l’ancien tāvana de Te’avaro Ronald Teariki : “Ce n'est pas moi, il y a des mécontents dans la majorité (…). J’ai dit qu’on ne représente rien à côté des 24 élus de la majorité. Ils m’ont dit qu’ils sont neuf et nous dans la minorité nous sommes neuf aussi. Mais à 24 heures d’une élection, il faut arrêter ce genre de combine (…). On va aller à l’investiture et on va couronner tāvana, puis on rentre à la maison.”
 
Mais cela ne l’a pas empêché d’appeler les élus du Tavini, mais “pas pour les convaincre”, dit-il, “car ils ont leur conviction et leurs valeurs”.
 
Et comme la nuit porte conseil, et après “réflexion”, ce dernier a décidé le vendredi matin de “lâcher prise car cela ne correspond pas aux valeurs que j’ai prônées au sein de mon équipe et pendant la campagne. Il faut accepter les chiffres et il faut qu’on change la vie au sein de ce conseil municipal, c’est aussi le message que j’ai voulu faire passer vendredi”.
 
Il reconnaît de ne pas avoir négocié lors de l’entre-deux tours : “Je me suis peut-être trompé et j’assume ma part de responsabilité”.
 
Il assure que cela fait désormais partie du passé et qu’il est dans “l’apaisement” et compte bien “travailler ensemble, pour que l'on puisse faire avancer nos projets”.

“Je n’ai pas joué à ce jeu-là”
Contacté, l’ancien tāvana de Te’avaro Ronald Teariki assure avoir dit à Ataria Firiapu que “ce n’est pas la peine car les chiffres parlent d’eux-mêmes (…). En plus, il n’y a qu’à regarder, j’étais en ballotage, et je m’étais dit que j’allais soutenir mon tāvana Terii Faraire”.
 
Il estime par contre que le fait que les listes minoritaires ne se soient pas unies au second tour face à leur liste Moorea-Maiao tō’u Fenua “démontre bien qu’ils n’ont pensé qu’à eux”.
 
Contacté, Réginal Haring, tête de liste Here Moorea-Maiao arrivée en quatrième position au second tour, assure avoir été mis au courant de ces tractations “à la dernière minute, c’est-à-dire jeudi à 18 heures”. Il raconte qu’on lui a demandé s’il voulait prendre part à cela, mais sans plus. “On ne me disait pas plus, Ataria était plus au courant que moi (…). On m’a demandé si j’allais suivre, je leur ai répondu que si je suis dans la majorité, bien sûr que je vais suivre”.
 
Il ajoute même que si Evans Haumani le lui avait proposé, il ne l’aurait pas refusé. “Mieux vaut faire quelque chose pour ta population”, dit-il.
 
Il ajoute ensuite qu’apparemment, Christiane Kelley de la liste Tavini, arrivée en deuxième position, voulait être tāvana et “le lendemain matin, on m’a appelé pour me dire que cela ne va pas fonctionner”.
 
Réginal Haring l’assure : “Je n’ai pas joué à ce jeu-là, je suis quelqu’un de droit et je n’aime pas les trucs louches”. Il affirme au passage ne plus se représenter à une élection municipale, “sauf s’il y a un recours et qu’on retourne aux élections”.  
 
Ce dernier n’a d’ailleurs pas abandonné l’idée de démissionner du conseil municipal : “On attend que les recours soient épuisés”. Ce devrait être l’ancien premier adjoint de Moorea-Maiao, Alexandre Hanere, avec l’accord selon lui de la seconde de liste à Paopao, Fateata Debels, qui siègera au conseil municipal. “Il connaît bien les dossiers et j’ai confiance en lui (…). Il sera dans la minorité et la majorité, les deux quoi”.

“Nous n’avons pas voulu rentrer dans leur combine”
Contactée, la tāvana de Paopao Christiane Kelley confirme avoir reçu un coup de fil de Ataria Firiapu jeudi soir “pour constituer une majorité” avec ceux cités plus haut. “Il fallait que nos quatre voix viennent s’ajouter à ces 14 voix pour que cela fasse une majorité de 18 voix pour que tāvana Ronald soit élu tāvana de Moorea-Maiao avec Ataria Firiapu en tant que maire 1er adjoint et les autres élus de la minorité aussi en tant que maires adjoints.”
 
L’élue du Tavini s’est dit “très surprise et déçue” de ce comportement venant notamment de ses collègues de la minorité. “J’aurais souhaité avoir ce contact le lendemain du premier tour car nous avons vraiment voulu rassembler. Nous aurions voulu qu’il n’y ait que deux listes au second tour, celle du tāvana sortant et l’autre avec les listes sorties au second tour”. Elle regrette que Ataria Firiapu ait déposé sa liste dès le lendemain du premier tour : “On n’a même pas pu discuter avec lui, c’est un peu dommage que la veille de l’investiture, il vienne vers moi pour tenter de monter une majorité”.  
 
“Nous n’avons pas voulu rentrer dans leur combine”, précise la tāvana Christiane Kelley. Elle ajoute qu’avec son groupe, ils avaient décidé de déposer sa candidature comme elle l’a fait en 2020. “Là, on allait faire pareil car c’est dans la logique de cette campagne où nous voulions changer de maire et nous avons tenu à rester dans notre logique.”
 
Pour Christiane Kelley, sa candidature était aussi une manière pour eux de montrer à la population leur désir de changement de gouvernance “pour respecter les 6 000 et quelques personnes qui ont demandé un changement et aussi les électeurs de mes collègues de la minorité”.
 
Elle assure qu’ils ont été clairs avec leurs collègues de la minorité concernant sa candidature, “donc si vous voulez un changement, vous votez en sa faveur, et si vous n’êtes pas d’accord, vous faites ce que vous voulez mais nous, on va rester droit dans nos bottes”.
 
Elle regrette d’ailleurs que ses collègues de la minorité veuillent lui “faire porter le chapeau de ce renversement de majorité alors que nous n’étions pas du tout là et n’avions pas pensé à un scénario pareil. Je trouve cela un peu fort de café car on a des valeurs différentes qu’on a portées jusqu’au bout”.
 
Si d’autres élus de la majorité d’Evans Haumani se sentent pousser des ailes pendant ce septennat, il aura fort à faire avec ses colistiers.

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