Lucien Pommiez, ex-directeur de la DTT devenu père au foyer

Lucien Pommiez, ex-directeur de la DTT devenu père au foyer

Il y a encore quelques mois, Lucien Pommiez pilotait depuis un peu plus de six ans des dossiers structurants à la Direction des transports terrestres. Urbanisme, mobilité, aménagement : le haut fonctionnaire s’était engagé dans la voie publique avec une idée claire en tête, celle de mettre ses compétences au service du pays. “J’ai toujours voulu, après un jour, les mettre à disposition de la Polynésie française”, confie-t-il en revenant sur ses études en métropole, d’abord à Montpellier puis à Bordeaux, après un parcours qui l’a éloigné des plans initiaux pour mieux le rapprocher de ce qui l’animait vraiment : penser le développement du territoire et améliorer le quotidien des habitants.

À la DTT, sa conviction allait au-delà de la seule gestion des transports. “Il faut commencer à réfléchir à la mobilité”, explique-t-il, avec l’idée de relier habitat, travail, loisirs et qualité de vie dans une vision d’ensemble. Une approche large, nourrie par des années passées à réfléchir à la manière dont un territoire peut se structurer plus intelligemment. Mais derrière les responsabilités et les arbitrages, une autre réalité s’est peu à peu imposée : celle d’un père parfois tiraillé entre l’engagement professionnel et la vie familiale.

La naissance de son premier enfant agit comme un premier signal. Lucien Pommiez raconte les journées longues, les retours tardifs, la difficulté à être pleinement là. Il se souvient d’une frustration diffuse, mais tenace : celle de ne pas toujours réussir à “jongler sur ces deux rôles-là”. Lorsqu’il arrivait à la maison, il “mettait les bouchées doubles” pour prendre le relais, aider, soulager, compenser. Mais cela ne suffisait pas toujours à effacer le sentiment de manquer certains moments, ni à alléger la charge qui reposait davantage sur sa compagne.

L’arrivée de leur deuxième enfant a accéléré la réflexion. Cette fois, impossible pour lui de revivre le même déséquilibre. Il commence alors un travail plus profond sur son rapport au travail, à ses priorités, à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. “J’aspirais à autre chose”, dit-il. Non pas parce qu’il n’aimait plus son métier, au contraire, mais parce que le moment lui paraissait venu d’être davantage présent pour sa famille. Il remet sa démission de son poste de chef de service, redevient fonctionnaire, puis demande une disponibilité. Un choix préparé, discuté à deux, et assumé comme un véritable projet familial.


Car Lucien Pommiez le dit sans détour : devenir père au foyer ne relève ni de l’improvisation, ni d’un simple confort. “Ça se prépare et ça ne se décide pas tout seul.” Derrière ce virage, il y a une organisation, des arbitrages budgétaires, un salaire en moins, et la conscience que toutes les familles ne peuvent pas se le permettre. Lui-même insiste sur ce point : durant son congé parental, il n’a pas de rémunération. Le couple vit donc sur le seul salaire de sa compagne, avec tout ce que cela suppose comme ajustements.

Au fil des mois, ce qui devait n’être qu’une parenthèse de quelques mois a pris une autre dimension. En restant à la maison, Lucien Pommiez découvre un quotidien dense, exigeant, loin de l’image parfois simpliste du parent au foyer. Les repas, les trajets, les siestes, l’organisation de la maison, l’attention permanente à accorder aux enfants : “Tu es full-time occupé”, résume-t-il. Il dit aussi combien cette expérience lui a fait toucher du doigt l’ampleur de la charge mentale portée, bien souvent, par les femmes. “Il y a tellement de femmes qui font ça au quotidien et qui n’ont même pas un merci ou rien du tout. C’est une injustice sociale.”

Ce basculement, loin de n’être qu’une réorganisation domestique, a aussi changé son regard sur la parentalité. Il parle d’un “plaisir” à s’occuper de ses deux enfants, à les voir grandir ensemble, à être présent dans ces instants du quotidien qui passent souvent trop vite. Les témoignages d’autres parents ont résonné en lui : “Tu vas voir, ça va à une vitesse folle.” Alors il a choisi de prendre ce temps maintenant, de l’habiter pleinement, sans chercher à rattraper quoi que ce soit, mais avec l’envie de vivre ces moments avant qu’ils ne filent.

Pour autant, Lucien Pommiez ne se voit pas figé durablement dans un seul rôle. Il revendique le besoin de conserver “un espace d’expression personnelle ou professionnelle”, une manière de continuer à apprendre, à contribuer, à avoir de l’impact. Il lit, s’entraîne, se fixe des objectifs personnels, comme un semi-marathon préparé dès l’aube. “Si on n’est pas bien en tant que soi, on ne peut pas être forcément un bon parent”, glisse-t-il. Une façon de rappeler qu’être disponible pour ses enfants ne signifie pas s’effacer complètement.

Déjà, la suite se dessine en pointillés. Il sait qu’il reprendra une activité, probablement après la rentrée scolaire d’août 2026, sans certitude encore sur le poste ou le service. Et pas forcément à la DTT. Peut-être ailleurs, dans l’urbanisme ou sur d’autres sujets. “Aujourd’hui, j’ai besoin de voir autre chose, d’autres organisations, d’autres sujets”, confie-t-il. Comme si cette parenthèse familiale ouvrait aussi un nouveau chapitre professionnel.

Entre-temps, cette expérience nourrit aussi une réflexion plus large. Sur le manque de dispositifs réellement pensés pour les parents. Sur les inégalités entre statuts face au congé paternité. Sur la place laissée aux pères dans l’éducation des jeunes enfants. Et sur la manière dont la société polynésienne pourrait mieux reconnaître, accompagner, valoriser ces temps de vie familiale. Avec sa compagne, il a d’ailleurs lancé sur les réseaux sociaux “Ha’api’i Parents”, un espace d’échange autour de la parentalité, né de leur propre “électrochoc” en devenant parents.

Au fond, le parcours de Lucien Pommiez raconte moins une rupture qu’un déplacement. Celui d’un homme qui, après avoir voulu transformer le territoire par l’action publique, choisit un temps de revenir à une autre échelle : celle du foyer. Une échelle plus intime, moins visible, mais tout aussi importante.

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